B6đŸïžŽ1Ce qui se laisse dire La personne baisse en gĂ©nĂ©ral

Suivant l’axe sĂ©man­tique qui relie perte et conser­va­tion, il est pos­sible de dou­bler notre Ă©noncĂ© Ă©ta­lon de celui selon lequel la per­sonne baisse en gĂ©né­ral. Toutefois la per­sonne ne peut se dire bais­sant selon une moda­litĂ© Ă©ner­gé­tique qui orga­ni­se­rait les afflux et efflux d’états ten­dan­ciel­le­ment pleins en Ă©tats ten­dan­ciel­le­ment vides et vice versa. Les baisses de la per­sonne en gĂ©né­ral sont net­te­ment gra­duelles : se trou­ver face Ă  la per­sonne ayant baissĂ© en gĂ©né­ral, c’est consta­ter un Ă©tat dĂ©gradĂ© d’elle en tant qu’elle est moins gĂ©né­rale. Mais elle a (encore) baissĂ© en gĂ©né­ral n’est pas pour autant l’expression d’une Ă©vi­dence de temps Ă©coulĂ© (car alors la baisse se jau­ge­rait encore Ă  l’efflux), c’est le constat d’un dĂ©clas­se­ment loca­lisĂ©, d’une valeur amoin­drie de la fonc­tion gĂ©né­rale de l’appareil per­sonne dans l’ordre des prio­ri­tĂ©s de la Conservation. En ce sens, elle a baissĂ© en gĂ©né­ral engage elle s’est affer­mie en par­ti­cu­lier.

T. W. Adorno, Jarg. auth., 1964Toute rubrique Ă  l’intĂ©rieur de la per­sonne, une fois fer­me­ment dĂ©li­mi­tĂ©e, nie le prin­cipe de celle-ci : la per­sonne devient la somme de ses fonc­tions. Elle est d’autant plus mal pro­té­gĂ©e contre cela que son unitĂ© propre, pĂ©ni­ble­ment gagnĂ©e, est res­tĂ©e fra­gile. Ses fonc­tions sĂ©pa­rĂ©es, rĂ©gies par la loi de l’auto-conservation, s’affermissent Ă  tel point qu’aucune ne peut plus vivre par elle-mĂȘme, qu’aucune vie ne peut se construire Ă  par­tir d’elles : elles se retournent contre le soi qu’elles sont sup­po­sĂ©es ser­vir.

C4đŸïžŽ2Cas gĂ©nĂ©ral La personne sensation

Clause com­plé­men­taire : La per­sonne voit conti­nû­ment sa sur­face bou­le­ver­sĂ©e par le libre jeu des appa­ri­teurs qui se vouent au main­tien des pres­ta­tions 2 1 3 4 de sa paire (per­sonne en gĂ©né­ral / per­sonne en par­ti­cu­lier). Dans ce bou­le­ver­se­ment constant, la sur­face de la per­sonne est une ter­rain d’affection et une zone de modi­fi­ca­tion. La per­sonne assiste Ă  une varia­tion de sa-per­sonne-en-sa-sur­face par le libre jeu des rap­ports de pou­voir et de pré­sĂ©ance qui tra­versent et per­turbent le tra­vail de ses appa­ri­teurs, l’économie de sa paire. Le cura­teur 2 se consacre Ă  la bonne tenue de cette sur­face, qu’il dis­pose Ă  l’exposition et qu’il fait se trans­for­mer en un cos­tume de rĂ©flexion non-bou­le­versĂ©.

La per­sonne sen­sa­tion est la per­sonne atteinte Ă  sa sur­face. La sur­face de la per­sonne est sa faci­litĂ© com­mune : la per­sonne est en sa sur­face facile Ă  regar­der, facile Ă  obser­ver, facile Ă  cibler. La per­sonne desar­royĂ©e a cette faci­litĂ© d’abord qui la rend sus­pecte de per­cep­tions, d’indistinction sen­ti­men­tale. Il ne s’est pas fait connaĂźtre jusqu’à pré­sent d’autres façons de faire pro­duire des per­cep­tions Ă  la per­sonne, de la pous­ser Ă  la dis­tinc­tion sen­ti­men­tale, de l’inciter Ă  com­mettre de plai­sir ou de peine12, que de la lais­ser s’aventurer tĂąter sen­tir12, que de la lais­ser lais­ser tour­ner son affaire de per­sonne sor­tie des draps cap le gĂ©né­ral ; il ne s’est pas fait connaĂźtre d’autres façons que de la lais­ser vivre.

Toute sa vie, la per­sonne atteinte Ă  sa sur­face est une per­sonne vivante, et par lĂ  mĂȘme : sus­pecte de dys­fonc­tion, de per­tur­ba­tion, de mala­die1. Toute sa vie, la per­sonne atteinte Ă  sa sur­face se dĂ©clare publi­que­ment comme « ter­rain d’affections ». PassĂ©e Ă  dĂ©cou­vert7, elle met Ă  mal sa sur­face en par­ti­cu­lier.

Á. B. Ávalos Soto, « Pers. mod. P. AbĂ©lard », Philonsorb., 10 | 2016, 9 – 28La per­sonne est un mot, la per­sonne est un rĂŽle, la per­sonne n’existe pas, la per­sonne est dif­fé­rem­ment, la per­sonne a quelque chose de propre et la per­sonne signi­fie. Elle affecte, elle Ă©meut, elle engendre et elle dis­pose l’esprit de l’interlocuteur. Elle est l’une de voies de com­pré­hen­sion des plus grandes affaires de la pen­sĂ©e. Depuis une cer­taine sur­face – la puis­sance signi­fi­ca­tive de cette sur­face –, elle nous approche de la VĂ©ritĂ©.

C4.3đŸïžŽ2.1Un cas particulier gĂ©nĂ©ral

La per­sonne, dans la mesure oĂč elle admet que sa sur­face soit entre­te­nue en continu par son cura­teur2, la recon­naĂźt (quand elle s’y mire) comme ter­rain d’affections contrέlĂ©es dans l’équilibre gĂ©né­ral d’une immu­nitĂ©12.5.

La per­sonne en gĂ©né­ral ne connaĂźt pas le poi­son, ni la dĂ©faite par atten­tat. Seule la per­sonne en par­ti­cu­lier peut ren­con­trer le poi­son, voir sa sur­face atteinte jusqu’à en ĂȘtre dĂ©faite ; cela ne remet pas en cause l’immunitĂ© de la per­sonne en gĂ©né­ral, qui pourra conti­nuer d’ĂȘtre dite et pré­di­quĂ©e bien que dĂ©faite sa per­sonne en par­ti­cu­lier.

Le cas de la per­sonne atteinte Ă  sa sur­face est, pour ainsi dire, un cas par­ti­cu­lier gĂ©né­ral. La sur­face de la per­sonne peut ĂȘtre dite tou­jours atteinte, tou­jours bou­le­ver­sĂ©e. Mais, gĂ©né­ra­le­ment, le plus gĂ©né­ra­le­ment pos­sible, l’atteinte Ă  sa sur­face de sa per­sonne n’est qu’une expé­rience parmi d’autres de la par­ti­cu­la­ritĂ© qui ne per­turbe que peu la per­sonne en gĂ©né­ral sor­tie des draps, par­tie s’aventurer tĂąter12.

RĂ©tablir l’immunitĂ© gĂ©né­rale de la per­sonne passe par l’accordage des par­ti­cu­liers pour la rota­tion gĂ©né­rale – un entre­tien, une toi­lette, un soin.

RĂ©tablir la bonne tenue de la sur­face de la per­sonne est la mis­sion de son cura­teur – un entre­tien, une toi­lette, un soin17.

C4.4đŸïžŽ2.2La personne sensation-dĂ©rĂ©gulĂ©e-et-piratĂ©e

La per­sonne sen­sa­tion-dĂ©ré­gu­lĂ©e-et-pira­tĂ©e entre­prend confu­sé­ment ses sen­sa­tions, se dis­tri­bue aveugle­ment des inten­si­tĂ©s, s’apparie fié­vreu­se­ment. (On dit alors, dans un effort au diag­nos­tic, qu’il y a ava­rie­ment de la phar­ma­cie, par­fois essai du phar­ma­kon ava­riĂ©, en gĂ©né­ral mau­vais dosage des inten­si­tĂ©s et trouble poten­tiel­le­ment mor­ti­fĂšre dans la dis­tri­bu­tion15.)

d’ap. J. Benda, Fr. byz., 1945Si l’on admet, avec le plu­part des psy­cho­logues, que l’essence de la pen­sĂ©e est de sen­tir les divers Ă©tats de notre esprit comme les modi­fi­ca­tions d’une seule et mĂȘme chose, qui est pré­ci­sé­ment notre per­sonne, on peut dire que la volontĂ© de la lit­té­ra­ture qui nous occupe ici est de rompre, non seule­ment avec la nature de l’intelligence, mais de la pen­sĂ©e ; rup­ture qui se fait au pro­fit de la sen­sa­tion, laquelle, s’exerçant dĂšs lors autant que pos­sible dans la plé­ni­tude de sa par­ti­cu­la­ritĂ© et ne s’éperdant point dans la syn­thĂšse carac­té­ris­tique de la pen­sĂ©e, trouve une satis­fac­tion qu’elle ne sau­rait connaĂźtre avec les Ă©cri­vains intel­lec­tuels.

C4.5đŸïžŽ2.3La personne en proie Ă  et en charge de sa personne

La per­sonne sen­sa­tion est chue du patien­tat. Sortie des draps, la per­sonne, jusque-lĂ  prise en charge, entre dans l’ùre du care indi­vi­duant carac­té­ri­sĂ©e par l’auto-diagnostic et une poli­tique ges­tionnaire de l’hypocondrie. Dans le monde tota­le­ment admi­nistrĂ©, dans le monde de la Verwaltung Ă©ten­due aux rai­sons per­son­nelles, le cas de la per­sonne est celui de la per­sonne Ă  la fois en charge de et en proie Ă  sa per­sonne.

Quelques mani­fes­ta­tions du cas de la per­sonne Ă  la fois en proie Ă  et en charge de sa per­sonne : la per­sonne des fois cĂ©nes­to­pathe, la per­sonne des fois synes­thĂšte, la per­sonne des fois hyper­es­thĂšte, la per­sonne des fois hypo­pathe, la per­sonne modé­rĂ©e.

C4.7đŸïžŽ2.4ProsĂ©lyte et soucieuse

En per­sonne, la poli­tique ges­tion­naire de l’hypocondrie4.52.3 est Ă  la fois : pro­sé­lyte et sou­cieuse, dili­gente, prompte Ă  faire com­pa­raĂźtre. ProsĂ©lyte et sou­cieuse d’associer Ă  ses diag­nos­tics ; met­tant son stock de soin tout entier1.25.2 au ser­vice d’un pei­gnage du monde confir­ma­toire des diag­nos­tics ; plai­dant alors sa cause devant le sort, le sort devant ses causes, prise en tenaille par les faits tĂȘtus de n’ĂȘtre pas morte et d’ĂȘtre de moins en moins en mesure d’y sur­vivre, la per­sonne com­pa­raĂźt, trans­fi­gu­rĂ©e mais affli­gĂ©e chaque jour par le jour-de-plus, puisque c’est d’un tel jour qu’il est fait mou­rir uni­ver­sel­le­ment.

AđŸȘ1đŸïžŽ2.5La personne est immunisĂ©e

Quand il y a ava­rie­ment de la phar­ma­cie 4.4 2.2, la per­sonne se dĂ©clare magi­que­ment 8, elle fait sa mala­die. Se dĂ©cla­rant, elle se dis­pense, s’excepte, et se rend par lĂ  un peu plus sus­pecte. Elle atteste qu’elle est sor­tie des draps. Elle se rend, en un cer­tain sens, par­ti­cu­liĂšre. Le dit essai du phar­ma­kon ava­riĂ© – expé­rience parmi d’autres de la par­ti­cu­la­ritĂ© – est une Ă©preuve de la per­sonne sor­tie des draps en par­ti­cu­lier, mais sor­tie cap le gĂ©né­ral quoi qu’il en soit. L’immunitĂ© gĂ©né­rale de la per­sonne n’est pas ici remise en ques­tion (mĂȘme la per­sonne dĂ©faite en par­ti­cu­lier 1).

La per­sonne en gĂ©né­ral ne connaĂźt pas le poi­son, ni la dĂ©faite par atten­tat4.32.1.

F. Nietzsche,
proj. préf. Hum. tr. hum.,
1886
(trad. P. Klossowski,
Nietzsche cerc. vic.,
1969)
Jeu sans doute inquié­tant, mé­chant, il se peut – sou­vent j’en Ă©tais malade. Mais ma rĂ©so­lu­tion demeu­rait ferme : et, mĂȘme malade, je gar­dais bonne conte­nance durant mon « jeu », et me dĂ©fen­dais de toute conclu­sion, Ă  laquelle la mala­die ou la soli­tude ou la fatigue de l’errance pussent avoir la moindre part. « En avant !, me disais-je, demain tu seras guĂ©ri : aujourd’hui il te suf­fit de simu­ler la santé ». A ce moment j’arrivais Ă  maß­tri­ser tout ce qu’il y avait en moi de « pes­si­miste », la volontĂ© mĂȘme de gué­rir, l’histrionisme de la santĂ© fut mon remĂšde.

Quand bien mĂȘme la per­sonne s’exposerait affec­tĂ©e, se dĂ©cla­re­rait publi­que­ment « un ter­rain d’affection »42, met­trait sa sur­face Ă  mal en par­ti­cu­lier, l’immunitĂ© est main­te­nue4.52.3 comme condi­tion a priori du Personnat.

AđŸ”«ïžŽ9đŸïžŽ3La personne ne remonte pas sa personne

Concernant la per­sonne, la mĂ©thode abrĂ©ac­tive est inopé­rante : la per­sonne ne revient pas sur les traces de sa per­sonne ; elle ne retrouve pas plus sa per­sonne en la rebrous­sant ; elle ne fait pas davan­tage de sa per­sonne une ana­mnĂšse. Pourquoi ? Parce que tout a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© vĂ©cu de la per­sonne dans la ren­contre de sa per­sonne – vĂ©cu et consommĂ© dans le qui-vive de sa ren­contre – et donc toute rela­tion de la per­sonne avec sa per­sonne est un revĂ©cu, un reviens-y com­pul­sion­nel frus­trant atta­quĂ© du dehors par un reviens-en rai­son­nant. Il n’y a pas d’en avant / en arriĂšre sur la per­sonne comme sur une voie. Le cĂ©lĂšbre en avant la mĂ©moire ! en arriĂšre le temps ! ne concerne pas la per­sonne.

I. Baszanger, Doul. mĂ©d., fin oubl., 1995, p. 349Il y a donc en ce sens cen­tra­tion sur la per­sonne et ses rĂ©ac­tions, mais il ne s’agit pas de remon­ter en amont de la dou­leur Ă  la vĂ©ritĂ© pro­fonde d’un ĂȘtre. Il s’agit – cen­trĂ© sur ses rĂ©ac­tions Ă©mo­tion­nelles et mus­cu­laires – d’apprendre Ă  les contrέler, voire Ă  les faire ces­ser, seul moyen pour, Ă  long terme, Ă©teindre un com­por­te­ment de dou­leur. D’une cer­taine façon, la per­sonne n’a guĂšre Ă  voir avec ses rĂ©ac­tions, qui dĂ©pendent, comme le mĂ©de­cin a pris la peine lon­gue­ment de l’établir, de son « tem­pé­ra­ment », dis­po­si­tion hĂ©ri­tĂ©e plus que volon­taire. Ses rĂ©ac­tions sont pro­vo­quĂ©es par des situa­tions ordi­naires contrai­gnantes pour tous les indi­vi­dus, elles n’ont pas de rai­son d’ĂȘtre dans la vie inté­rieure (au moins il n’y a pas lieu de les cher­cher). La per­sonne doit donc apprendre Ă  contrέler les consé­quences de cette dis­po­si­tion – ses rĂ©ac­tions exces­sives –, non pas en essayant de com­prendre un sens Ă©ven­tuel de ses rĂ©ac­tions ou si elles sont liĂ©es au sens donnĂ© Ă  cer­tains Ă©vé­ne­ments, mais en les voyant comme quelque chose de mĂ©ca­nique qui se met en route auto­ma­ti­que­ment en rĂ©ponse Ă  des Ă©vé­ne­ments qui ne sont inté­res­sants qu’en fonc­tion de leur capa­citĂ© Ă  dĂ©clen­cher ce mĂ©ca­nisme, et qui doivent donc ĂȘtre repé­rĂ©s Ă  ce titre. Le contrĂŽle s’acquiert par la sub­sti­tu­tion d’un mĂ©ca­nisme Ă  un autre. Cette concep­tion d’une dis­po­si­tion hĂ©ri­tĂ©e a l’intĂ©rĂȘt d’éviter de faire por­ter Ă  la per­sonne la res­pon­sa­bi­litĂ© de l’origine de cette hyper-rĂ©ac­ti­vitĂ© et donc, en aval, de sa dou­leur. Elle favo­rise en cela l’adhĂ©sion au pro­gramme de ges­tion « faire face ». Progressivement, on voit se consti­tuer l’horizon d’une per­sonne Ă©tale, presque sans Ă©mo­tion, culti­vant – cen­trĂ©e sur ses rĂ©ac­tions de sur­face, Ă©mo­tion­nelles et mus­cu­laires, plus que sur elle-mĂȘme – une dis­tance ou une absence Ă  soi (par oppo­si­tion Ă  ce que Foucault a dĂ©si­gnĂ© comme « culture de soi »). Cette dis­tance Ă  soi lui per­met­tra de contrέler cet excĂšs qui, en mĂȘme temps qu’il entre­tient la dou­leur, dĂ©sor­ga­nise les per­for­mances, ren­dant cette per­sonne moins effi­cace.

đŸ”«ïžŽ7đŸïžŽ4La personne est une expĂ©rience pĂ©dagogique tournĂ©e

La per­sonne est le rĂ©sul­tat d’une entre­prise pĂ©da­go­gique ensei­gnant qu’il est bon de s’ennuyer un peu. Mais en la per­sonne sou­vent s’ennuyer se fait se faire chier et se faire chier prend des pro­por­tions ingé­rables et la per­sonne finit par ĂȘtre pous­sĂ©e, mais assez sou­dai­ne­ment et pour ainsi dire dans le dos, Ă  l’action, alors que jusque-lĂ  son calme et bel ennui insoup­çonnĂ© des chiances avait Ă©tĂ© bĂ©ni.

đŸ”«ïžŽ7.6đŸïžŽ4.1La personne est une expĂ©rience pĂ©dagogique bien tournĂ©e

La per­sonne, quoi qu’elle fasse, finit tou­jours par entre­prendre (par exemple : elle fait8 chiance), et c’est ainsi que si la per­sonne perd en gĂ©né­ral, elle voit s’accroĂźtre en par­ti­cu­lier ses tré­sors, elle accu­mule les bĂ©né­fices secon­daires et rem­plit ses tré­sors.

R. SchĂ©rer & G. Hocquenghem, Co-ire, alb. sys. enf., 1976Certes, il pourra sem­bler Ă©trange que nous refu­sions d’accorder Ă  l’enfant la « per­son­na­lité » puisque c’est lĂ  la garan­tie essen­tielle que l’on peut reven­di­quer et qu’il peut reven­di­quer pour lui. Mais il ne s’agit pas de cela. Nous enten­dons avec « per­sonne » cette dĂ©ter­mi­na­tion abs­traite et arti­fi­cielle de l’individu qui est beau­coup plus la marque de sa ser­vi­tude que de sa libé­ra­tion, au sens oĂč toutes les formes de res­pon­sa­bi­litĂ© per­son­nelle pro­gres­sive dĂ©bouchent sur la requĂȘte de prise en charge des formes, soit d’asservissement, soit de dĂ©ri­va­tion. Un lycĂ©e aux lycĂ©ens, ce n’est tout de mĂȘme pas, tout le monde s’en rend compte, un idĂ©al appro­priĂ© Ă  une libé­ra­tion de l’enfant ! [
] Or, il y a une façon de rĂ©cla­mer ou de pro­mou­voir l’autonomie de l’enfant qui ne fait que recon­duire l’ensemble des illu­sions que les adultes, en ce qui les concerne, com­mencent Ă  recon­naĂźtre comme telles, et dont ils ont tant de mal Ă  se dĂ©bar­ras­ser : illu­sions huma­nistes de l’autonomie de la per­sonne, alors que de plus en plus le pou­voir de dĂ©ci­sion leur Ă©chappe ; de la pro­priĂ©tĂ© per­son­nelle du corps, alors que nous souf­frons de l’étau, comme disait Reich, des cui­rasses cor­po­relles ; de la dĂ©fense contre l’étranger, alors que c’est le dĂ©faut de com­mu­ni­ca­tion qui nous carac­té­rise.

B7.1đŸïžŽ4.2Une enfance d’emploi

C’est en sou­ve­nir de l’expĂ©rience pĂ©da­go­gique mal tour­nĂ©e dont son entre­prise est issue74 que la per­sonne en gĂ©né­ral main­tient comme mon­naie dans le coffre privĂ© le tré­sor d’une enfance d’emploi. Tout, dans ce coffre, est Ă  la place dĂ©ter­mi­nĂ©e par les diag­nos­tics post-natals ; tout y est dis­posĂ© dans l’ordre dĂ©fini par le vou­loir-du-bien-par-der­riĂšre. Le code d’accĂšs Ă  ce tré­sor est le pré­nom de papa, en gĂ©né­ral8.

R. SchĂ©rer & G. Hocquenghem, Co-ire, alb. sys. enf., 1976La per­son­na­li­sa­tion est le corol­laire de la pri­va­ti­sa­tion, toutes deux Ă©tant une dĂ©pos­ses­sion de l’enfance. Dans des direc­tions concou­rantes, bien qu’en appa­rence oppo­sĂ©es, on per­son­na­lise Ă  tour de bras, soit qu’on veuille accé­lé­rer l’accĂšs de l’enfance Ă  la res­pon­sa­bi­litĂ©, soit qu’on veuille la conser­ver dans une irres­pon­sa­bi­litĂ© quiĂšte, qu’on parle le lan­gage poli­tique d’une rĂ©vo­lu­tion de jeunes dĂ©jĂ  mĂ»rs, ou celui d’une pĂ©da­go­gie atten­tive aux moindres ‘envies’.

B17.1đŸïžŽ5.1Ce qui se laisse dire Ă  la rigueur La personne se fait rendre

La per­sonne se fait rendre, elle est par­fois ren­due (cas rela­ti­ve­ment rare de rejet de l’appariement) et, en un sens trĂšs par­ti­cu­lier, elle se rend, ce qui s’appelle se rĂ©pandre1.22.2, se dis­tri­buer, ou « faire dans la dis­tri­bu­tion », grande ou petite).

T. Adorno., Jarg. auth., 1965Une atti­tude contem­pla­tive, sans aucune Ă©chap­pĂ©e sur la praxis et ses chan­ge­ments sym­pa­thise de façon d’autant plus frap­pante avec le “ici et main­te­nant”, l’office de dis­tri­bu­tion des tĂąches Ă  l’intĂ©rieur du donnĂ© [dem Dienst an Aufgaben inne­rhalb des Gegebenen].

đŸ”«ïžŽ8.1đŸïžŽ5.2Rencontre de la personne

La per­sonne se consomme dans le bain-gens11 – ce qui s’appelle : faire8 une ren­contre (ou, quel­que­fois et en un cer­tain sens, faire une soi­rĂ©e6).

T. W. Adorno, Jarg. auth., 1964Dans une sociĂ©tĂ© oĂč c’est vir­tuel­le­ment un acci­dent que les hommes se connaissent les uns les autres – ce qu’on a appelĂ© autre­fois la vie s’amincit tou­jours plus et, lĂ  oĂč elle demeure, elle est dĂ©jĂ  consi­dĂ©rĂ© comme quelque chose de sim­ple­ment tolĂ©rĂ© – dans une telle sociĂ©tĂ©, il n’y a plus guĂšre de ren­contre comme celle de Keller, mais des ren­dez-vous par tĂ©lé­phone. Mais c’est pré­ci­sé­ment pour­quoi « ren­contre » est tel­le­ment vantĂ© : contacts qu’organise une langue bar­bouillĂ©e de cou­leurs Ă©cla­tantes, parce que la lumiĂšre s’est Ă©teinte. Le geste lan­ga­gier consiste ici Ă  « par­ler les yeux dans les yeux », comme le font les dic­ta­teurs.

E5đŸïžŽ6La CC

Clause de rup­ture prĂ©-contrac­tuelle :
La per­sonne en géné­ral ne connaßt pas le poi­son 4.3.


L’appariteur CC est un prod sup­plé­tif par­ti­cu­liÚ­re­ment prisĂ© pour l’accĂ©lĂ©ration des pres­ta­tions requises de la per­sonne en par­ti­cu­lier21 comme des ser­vices ren­dus, des sĂ©vices dus3 au sein de la paire.
L’appariteur CC est un phar­ma­kon opé­rant qui consti­tue la per­sonne en par­ti­cu­lier en apper­sonne CC1.1. L’appersonne CC se dis­tingue par la cen­tra­litĂ© et la sou­ve­rai­netĂ© de l’appariteur CC dans son dimen­sion­ne­ment. L’appersonne CC est une per­sonne pres­tante sur la brĂȘche3.16 qui risque Ă  tout ins­tant le niveau diag­nos­tique4.2. Sa consti­tu­tion comme apper­sonne CC, par rails rĂ©gu­liers snif­fĂ©s d’appariteur CC, est tou­jours ouverte Ă  la pos­si­bi­litĂ© d’une fuite de la per­sonne (vers l’apersonne1.2) sous l’empire de CC. Le dĂ©sastre accé­lĂ©rĂ© de ses pres­ta­tions de plus en plus dĂ©sor­don­nĂ©es la perd gĂ©né­ra­le­ment pour l’admi­nistration (la per­sonne en par­ti­cu­lier s’éperd15 ; il est convenu de dire qu’elle est dĂ©faite1) et l’appariteur CC, d’appariteur louĂ©, devient ennemi intime, poi­son du Personnat.

C4.8đŸïžŽ7La personne en outre

La per­sonne est en outre et elle est rĂ©si­liente, c’est-Ă -dire que, dans les situa­tions qui l’éprouvent et l’éperdent, d’aucuns consi­dĂšrent qu’elle mĂ©rite sinon un Ă©loge de sa per­sonne, au moins l’assurance d’un vou­loir-du-bien sous la forme sen­ti­men­ta­le­ment dis­tin­guĂ©e : « et en outre, quelle rĂ©si­lience ! Â» La rĂ©si­lience est en outre Ă  la per­sonne en tant qu’il ne lui appar­tient qu’accidentellement, lorsqu’elle est Ă©prou­vĂ©e, de ne pas se lais­ser abattre. La dis­tinc­tion sen­ti­men­tale pro­duit son Ă©prou­vĂ©e dans l’assurance que les Ă©preuves par­ti­cu­liĂšres font les hĂ©ros en gĂ©né­ral.