C2.2⚖︎1.1La personne cadrée

Un des cas par­ti­cu­liers parmi les plus fur­tifs sur le praxi­no­scope géné­ral de la per­sonne pres­ta­trice est celui qui fait entre­voir la per­sonne en son cadre.

Qu’il reste en géné­ral inap­pa­rent ou qu’il se donne pareille­ment à voir, le cadre de la per­sonne la tient, elle s’y tient, et c’est au cadre qu’elle s’en tient61. La per­sonne est tenue, pour se main­te­nir dans l’économie des intê­rieurs et des antê­rieurs, de se prê­ter à sa com­pa­ru­tion dans son cadre, c’est-à-dire de mon­trer une dis­po­si­tion à com­mettre, un zèle à demeu­rer sus­pecte. Le cadre de la per­sonne cap­ture et déli­mite sa per­sonne en pleine pres­ta­tion, par­fois dans la lumière épa­tante d’un flash, d’un coup de torche, d’un coup de phares, d’un coup de feu.

Quand la per­sonne singe de s’évader de son cadre (une singerie par­ti­cu­lière), la per­sonne sait qu’elle joue avec et pour la police embus­quée, qui finira par la pié­ger.

d’ap. J. Butler, Ce qu. fait un. vie, 2009Être enca­dré ou cadré (to be fra­med) est une locu­tion com­plexe en anglais : un tableau est enca­dré (fra­med), mais on dit la même chose d’un cri­mi­nel cerné (par la police) ou d’une per­sonne inno­cente pié­gée (par une ins­tance de mal­in­ten­tion, comme la police ou la police). To be fra­med signi­fie ainsi être vic­time d’un coup monté, des preuves étant arti­fi­ciel­le­ment dis­po­sées de sorte à éta­blir la culpa­bi­lité d’une per­sonne.

A6.2⚖︎1.3Un supposé de crime certain

On ouvre le dos­sier « la per­sonne » (on l’observe cir­cu­ler, tenir son cap ou pas, faire ses traces). Mais on n’a qu’un sup­posé de crime. Un crime est sup­posé pou­voir être com­mis. À par­tir de là, et selon le prin­cipe de la néces­sité félice qui fait l’échangeur entre « pou­voir » et « devoir », si un crime peut être com­mis, il le doit. Le carac­tère sus­pect de la sor­tie des draps rend d’ailleurs le crime pas dou­teux.

A🍪︎3⚖︎1.4Une somatique d’assuspicion

Qu’elle soit requise comme témoin ou sus­pect, qu’elle tra­vaille à se rendre fla­grante34 ou s’offre coquette après longue enquête6.11.2, la per­sonne est convain­cue de l’implication de sa per­sonne. Aussi ne porte-t-elle jamais autre­ment son corps que comme une pièce à convic­tion. Pores ouverts au bain-gens11 dans l’expression poli­cière de sa sym­pa­trie, la per­sonne connaît la valeur de son corps pour l’admi­nistration et la soigne : ses allez sont fur­tifs, ses concen­tra­tions de vas-y conton­dants, ses allants en tran­sit ont tou­jours l’air de rien d’un com­plot de bagages non-éti­que­tés. Cette soma­tique d’assuspicion consti­tue, d’arrestations en déten­tions de la per­sonne, un tré­sor d’expériences d’une diver­sité sidé­rante qu’on appelle aussi son Trésor des Fouilles2.

C3.5⚖︎1.5La personne manifeste

La per­sonne mani­feste tend à s’arracher à son praxi­no­scope pour ne plus se pro­duire qu’à la sur­face de visi­bi­li­tés consti­tu­tives de der­nière gamme, dont une légende vou­drait qu’elle pré­sente mieux. Comme tout autre cas de la per­sonne, la per­sonne mani­feste ne se vit que cap­tu­rée, mais ce n’est que cap­tu­rée comme pure et simple visi­bi­lité renou­ve­lée qu’elle s’atteste res­pon­sible1.1, qu’elle vient s’admettre et s’accuser. Elle n’opère que selon l’écran, ou plus spé­ci­fi­que­ment : elle ché­rit les len­tilles récentes, col­li­ma­teurs récents, camé­ras d’action, camé­ras ther­miques, écrans plats à haute défi­ni­tion sus­cep­tibles, à tout moment, de la cap­ter ou de la dif­fu­ser. Elle adhère à l’ensemble de tels « der­niers » sup­po­sés l’attester pour se fondre au fond d’écran et ne plus appa­raître, toutes condi­tions maté­rielles d’apparition et de sur­vie déniées, qu’en toute publi­cité (i.e. in aller Öffentlichkeit), à la sur­face du monde inté­gra­le­ment confessé, dans la lumière égale de la déli­bé­ra­tion publique 24/2445.2. Combler la per­sonne mani­feste, c’est lui adres­ser cette ques­tion : que faire de la per­sonne ?9

Clause com­plé­men­taire : Même silen­cieuse, la per­sonne mani­feste déli­bère publi­que­ment. La per­sonne mani­feste s’admi­nistre inté­gra­le­ment en vue de l’Öffentlichkeit. S’admettre et s’accuser en pure et simple visi­bi­lité renou­ve­lée lui sont une manière de déli­bé­rer, de faire s’accroître et s’enforcer l’Öffentlichkeit, d’y adhé­rer et de s’y inté­grer.
Clause com­plé­men­taire : La per­sonne mani­feste ne s’arrache pas à son praxi­no­scope, elle tend à s’y arra­cher. Il arrive par ailleurs que le praxi­no­scope soit lui-même cap­turé en par­ti­cu­lier par la per­sonne elle-même ou par l’un des sup­po­sés la voir qu’on a pu appe­ler police embus­quée.

A⛣︎1⚖︎2La personne se fait voir et la personne s’expose

Clause de rup­ture pré-contrac­tuelle : Ce n’est pas nue que la per­sonne paraît – pas même lorsqu’elle paraît dans l’une de ses pres­ta­tions d’à nu. Lorsqu’elle joue et se joue une pres­ta­tion d’a nu, la per­sonne se pro­duit, com­po­sée pour ce faire 7, dra­pée dans l’une ou l’autre de ses étoffes 4.

La per­sonne qui se recon­naît et s’impute en par­ti­cu­lier est aussi bien la per­sonne qui se fait voir, se frame2.21.1 pour s’accuser, s’admet comme corps public, s’expose en pleine lumière.

Le carré d’aveu est le cadre que la per­sonne en par­ti­cu­lier construit pour de telles pres­ta­tions – des pres­ta­tions d’à nu –, et le seul piège de la per­sonne que la per­sonne puisse attes­ter et pré­sen­ter comme sien3.42.1. Ce carré d’aveu, où la per­sonne se recon­naît en per­sonne et se pro­duit / se piège, est son unique tré­teau, son trône, son podium, ou juste la der­nière sta­tion de l’un de ses praxi­no­scopes. C’est sur son carré d’aveu que la per­sonne tra­vaille à ses com­pa­ru­tions, s’expose conti­nû­ment, se rend17.15.1 dili­gem­ment cap­table et cap­tu­rable dans la lumière égale de l’Öffentlichkeit, à la sur­face du monde inté­gra­le­ment confessé3.51.5.

La per­sonne en par­ti­cu­lier, quand elle se livre1.22.2 in aller Öffentlichkeit et y atteste sa mis­sion21 par l’une de ses pres­ta­tions d’à nu, invente sa gloire1.8 ou s’y pro­met.

G. Lamarche-Vadel, Dupl., 1994Lumière, expo­si­tion, élé­va­tion, ouver­ture, ces prin­cipes vont en sens contraire de l’écart, de l’éloignement, de l’ombre que réclament la pudeur, le recueille­ment, le repen­tir, la prière. Toutes ces atten­tions pro­di­guées à la confes­sion semblent ser­vir d’antidote au secret. De celui-ci les valeurs et les qua­li­tés ont été pros­crites, excepté peut-être le chu­cho­te­ment. Le secret n’affecte plus que la voix et les corps, inter­dits par une mince cloi­son qui les sépare. Les espaces, eux, ont été bif­fés de la carte du secret : les coins, les espaces clos et pri­vés, les mai­sons et appar­te­ments pri­vés, les lieux sombres, les lieux enfin choi­sis parce qu’on peut y demeu­rer caché et où l’on est sans doute d’autant plus confiant et ouvert que dis­si­mulé. Mais il ne fal­lait pas que le secret res­tât secret. La confes­sion n’est pas une affaire per­son­nelle, entre soi et Dieu, comme le pré­ten­daient les séces­sion­nistes pro­tes­tants. Le secret de la confes­sion, une des figures mar­quantes du catho­li­cisme, n’a pas à s’effacer ; au contraire ins­ti­tué, même sacré, le secret doit avoir une exis­tence visible, le confes­sion­nal en est le sym­bole et le garant.

C3.4⚖︎2.1La personne avouée

Clause post-contrac­tuelle : La per­sonne per­due dans la per­sonne est le nom d’un jeu de singes – jeu d’esquives, d’appels, de mur­mures, de cris, de lumi­naires qu’on éteint, qu’on allume sou­dai­ne­ment, qu’on fait se balan­cer, que par­fois même on fend, brise, défonce sur la colonne – jeu de la panique feinte dont tout l’enjeu consiste à livrer la per­sonne aux délices pro­gres­sives de sa rétrac­ta­tion sur le carré d’aveu, à la faire entre­prendre, concer­née, sa confes­sion, à jouir 1.4 en pleine lumière et dis­tinc­te­ment de se recon­naître, s’imputer, s’admettre et s’accuser. La per­sonne per­due dans la per­sonne se laisse ainsi pié­ger à tout moment du jeu et par­ti­cipe, dans soin récri même, de ce qui la main­tient fra­med 6, en pres­ta­tion.

On raconte sou­vent, via la per­sonne, que la per­sonne en par­ti­cu­lier per­due dans la per­sonne en géné­ral s’est rétrac­tée sur un carré d’aveu12 la concer­nant et l’attestant : qu’elle se recon­naît en per­sonne dans tout ce qui l’y fait paraître à nu / à bout d’affectation, pié­gée dans son affaire hors l’orbe de son affaire.

Ce que la per­sonne joue dans ce carré d’aveu est une confes­sion de la per­sonne se recon­nais­sant en par­ti­cu­lier, s’imputant en propre, s’admettant pour soi, s’accusant d’affecter. Le carré d’aveu est un cadre de pres­ta­tions – com­pa­ru­tions, sévices, exhi­bi­tions – construit et amé­nagé par la per­sonne en par­ti­cu­lier qui cherche à se livrer1.22.2.

G. Lamarche-Vadel, Dupl., 1994Déclarée, réaf­fir­mée secrète, la confes­sion reçoit des conciles et synodes pos­té­rieurs ses règles de pro­cé­dures. Celles-ci requiert lumi­no­sité des lieux des­ti­nés à la confes­sion, publi­cité et visi­bi­lité pan­op­tique.

L’homme, en Occident, est devenu une bête d’aveu.M. Foucault, Vol. sav., 1976

⛣︎1.2⚖︎2.2Le s’avouer la personne

Geste, subst.fem.
A. (HIST. LITTÉR.) Ensemble de poèmes en vers du Moyen Âge, nar­rant les hauts faits de héros 4.8 ou de per­son­nages illustres. La geste de Guillaume d’Orange, la geste des Lorrains.
Chanson de geste. Un des poèmes de cet ensemble.
–P. ext. : Histoire glo­ri­fiante (d’un peuple, d’un groupe social, d’un indi­vidu).
B. Loc. fréq. : Les faits et gestes (de qqn). L’ensemble de sa conduite telle qu’elle se donne à voir. Tenez-moi, je vous prie, au cou­rant de vos faits et gestes (A. de Tocqueville, Corresp. Gobineau, 1855). Des ins­pec­teurs char­gés d’épier mes faits et gestes (Proust, Fugit.,1922).

Le s’avouer la per­sonne est une geste de la per­sonne que la per­sonne en par­ti­cu­lier pro­fère.

La geste de la per­sonne avouée3.42.1 se dis­tri­bue en doses.

La geste « La per­sonne en par­ti­cu­lier s’avoue » dis­tri­bue17.15.12 la per­sonne, pié­gée dans son affaire et pas de crime com­mis21, telle qu’elle s’impute elle-même.

La geste « La per­sonne en par­ti­cu­lier s’avoue » fait108 la scan­sion d’un deal, la cadence d’une affaire, le rythme d’un busi­ness.

La per­sonne en par­ti­cu­lier son bizz sur le carré d’aveu : dis­tri­buer ses aveux, faire sa per­sonne avouée, la dis­tri­buer en doses consom­mables au qui-vive8.15.2 dans les scan­sions d’une geste56.

Ce que deale la per­sonne en par­ti­cu­lier sur son carré d’aveu : ses intê­rieurs21 en geste, qu’elle te livre comme les preuves1.3 de son crime pas com­mis, en plein l’espace public1.4.

⛣︎1.1⚖︎2.3Un masque dit d’aveu

La per­sonne, depuis son pas­sage à décou­vert 7, est sup­po­sée être vue, écou­tée, pré­di­quée. Constatée, confir­mée 1, mais pas encore toute dite 6, la per­sonne com­pose sa per­sonne en par­ti­cu­lier pour faire la preuve de sa per­sonne 1.3 et pro­duire un aveu convain­cant 2.
Passer le masque d’aveu, c’est déployer et exau­cer l’a nu de toute com­pa­ru­tion sur le carré d’aveu.
Passer le masque d’aveu, c’est s’attester en proie 4 3 pas­sée à décou­vert.

Composer sa per­sonne en par­ti­cu­lier est une entre­prise de la per­sonne qui passe par le mode­lage d’un masque – le masque dit d’aveu. Passer le masque d’aveu pour s’attester en proie à son s’en accu­ser et paraître / com­pa­raître, c’est l’une des pres­ta­tions21 de la per­sonne en par­ti­cu­lier en tant qu’elle est pres­tante34 / en tant qu’elle prête à décou­vert.

Il n’est per­mis à per­sonne de faire voler en éclats, de l’intérieur, le masque qui lui échoit par contrat. Une telle audace fis­sure dans le même mou­ve­ment le masque de tous les contrac­tants. Le cercle public en est blessé.

G. Cesarano, Man. surv., 1974


Charlie Chaplin Makeup, par SJ FoxX (Youtube)

A⛣︎2.2⚖︎2.4Les actes d’une compulsion

La per­sonne, qui a visi­ble­ment la dénon­cia­tion com­pul­sive, est dite avoir des rai­sons per­son­nelles de dénon­cer. L’excellence de sa mani­fes­ta­tion, la bonne tenue de ses intê­rieurs, impliquent la dénon­cia­tion publique, qu’elle admet comme l’une de ses pres­ta­tions21. Pour se faire de plus en plus effi­cace, de plus en plus per­sonne pres­ta­taire de dénon­cia­tion, et être recon­nue comme telle dans l’espace public45.2, la per­sonne com­pulse les actes de ses dénon­cia­tions. Tenir l’archive de ces beaux actes lui est le meilleur moyen d’attester à toute heure6.1 de la haute qua­lité de cette pres­ta­tion ; c’est aussi un plai­sir de sa per­sonne qu’il lui fau­dra avouer3.42.1. La per­sonne met un soin par­ti­cu­lier à com­pul­ser les actes des dénon­cia­tions parues sous la forme la plus agréée : celle de vou­loirs-du-bien-par-der­rière, savam­ment enve­lop­pés dans des sen­ti­ments dis­tin­gués.

A🍪︎4.1⚖︎2.5En la personne convivent

Il se laisse dire (à la rigueur) qu’aucun dîner n’a été com­mis 21.

En la per­sonne convivent l’individu et l’hypostase. Ils sont invi­tés – un plan de table les assigne cha­cun à un point de capi­ton – mais leur hôte n’arrive que l’heure du dîner tout à fait pas­sée5.12.1. Le dîner, en géné­ral, n’a pas lieu ; car la per­sonne tra­vaille le soir51.361.4, jusqu’à ce que ce ne soit plus le soir et avant le petit-matin. La per­sonne tra­vaille à la barre du géné­ral, où elle est en charge des mérites et des démé­rites en par­ti­cu­lier. C’est seule­ment quand elle a fini de s’imputer que la per­sonne revient dans la demeure immu­ni­taire et la lumière pro­prié­taire. Puissance invi­tante, la per­sonne en géné­ral ne l’est qu’aux frais d’imputations por­tées à sa per­sonne en par­ti­cu­lier.

J. Locke, Ess., 1689Le mot de per­sonne est un terme de bar­reau qui appro­prie des actions, et le mérite ou le démé­rite de ces actions et qui par consé­quent n’appartient qu’à des agents intel­li­gents capables de loi et de bon­heur ou de misère.

A🍪︎4.3⚖︎2.6En la personne convivent

En la per­sonne convivent les sus­cep­ti­bi­li­tés du nombre et du genre, du cal­cul et du cul sans néces­sai­re­ment se tou­cher. En la per­sonne convivent aussi sans se tou­cher non plus le père et le fils, le juge et le magis­trat. Sans se tou­cher : tel juge tel fils ne passe pas, pas plus que tel juge tel père tel magis­trat. Il y a solu­tion de conti­nuité entre les convives.

Encyl.,
art. « per­sonne »,
1751
Personne a une cou­leur plus par­ti­cu­la­ri­sée que gens, qui le rend sus­cep­tible de cal­cul et de rap­port au sexe quand on veut le dési­gner. […] Personne vint à être d’usage pour signi­fier quelque dignité, par laquelle une per­sonne est dis­tin­guée d’une autre, comme un père, un fils, un juge, un magis­trat, etc.

Brunetto Latini,
Liv. Tres.,
«Des juges »,
ca. 1267
Senekes dist, main­te­nant que li hom ne vest per­sone de juge doit il ves­tir per­sone d’amis et gar­der que sa parole ne for­cloe les autres autresi comme s’il fust venus en sa pos­ses­sion, il doit user com­mu­nité en sa parole ausi comme es autres choses.

F2⚖︎3Une prééminence sans juridiction

Être la per­sonne en géné­ral est une pré­émi­nence sans juri­dic­tion : une ques­tion d’apparat et de res­pect des pas. Être la per­sonne en géné­ral a la dignité mini­male de qui reste sur le pas des digni­tés asso­ciées à un trône, une chaire, un tri­bu­nal etc. qui pour­raient garan­tir une vue sûre sur le géné­ral. Faire cap sur le géné­ral peut se dire, sous ce rap­port, se réap­prê­ter sur le pas ou s’essuyer les pieds sur le pas pour tou­jours – au moins pour le genre d’éternité inten­sive des gestes de pas (salu­ta­tions conven­tion­nelles, adieux au mou­choir, prise d’information météo­ro­lo­gique).

Philippe Le Bel, Lois somp­tuaires, 1294Nul clerc, s’il n’est pré­lat, ou éta­bli en per­son­nat, ou en dignité, ne pourra por­ter vair, ni gris, et her­mines, faits en leurs cha­pe­rons tant seule­ment. (…) Clercs qui sont en digni­tés, ou en per­son­nats, ne pour­ront faire robes, pour leurs corps, de plus de seize sols tour­nois l’aune de Paris, et, pour les com­pa­gnons, de douze sols tour­nois l’aune. (…) Les doyens, et les archi­diacres, les prieurs, et les autres clercs qui ont dignité, ou per­son­nat, soient de siècle, soient de reli­gion, qui­conque sera encontre, il paiera cent sols, aussi comme l’autre. (…) Ce fut fait et ordonné à Paris l’an de grâce 1294.

F2.1⚖︎3.1Quand il y a prééminence sans juridiction

Quand une per­sonne en par­ti­cu­lier pré­fère conser­ver la dignité mini­male de qui reste sur le pas, en géné­ral elle se targue d’être arri­vée : elle fait des targes (gra­vées de trônes, d’angelots, de che­vaux ailés) pour pou­voir mieux s’offrir au géné­ral et sur­seoir au par­ti­cu­lier.

L’être quel­conque est l’être qui vient.G. Agamben, Comm. vient, targe gra­vée, 1990

C3⚖︎4Cas général La personne prestante

La per­sonne en son cadre2.21.1 est une pres­ta­taire affec­tée ; elle y affecte un air de rien qui la main­tient sus­pecte et visible pour cet autre sup­posé la voir qu’on a pu appe­ler police embus­quée. Une pres­ta­tion réus­sie consiste, pour la per­sonne, à s’affirmer recon­nais­sable, s’avouer cap­table, s’attester per­sonne en per­sonne12.

Alain de Libera, Arch. suj., II, Quêt. id., 2008Le sujet per­son­ni­fié est une per­sonne qui a tout du sujet, qui bloque sur elle les deux dimen­sions recon­nues depuis Aristote au [verbe] kate­go­rein : « accu­ser quelqu’un de quelque chose » et « attri­buer quelque chose à quelque chose », soit :
kate­go­rein(1) > accu­ser > impute : sujet d’imputation (l’homme indi­vi­duel, la per­sonne, le Self), Morale ;
kate­go­rein(2) > attri­buer > attri­bute : sujet d’attribution (l’homme, l’âme, l’esprit, le corps), Psychologie.

A⛣︎3⚖︎5La personne matter

Quelle que soit la teneur de son aveu1.22.2 et quelle que soit sa vigueur dans la mani­fes­ta­tion25, quelle que soit donc sa force à se mani­fes­ter, il est géné­ra­le­ment admis in aller Öffentlichkeit que la per­sonne importe en géné­ral et devrait impor­ter en par­ti­cu­lier : elle est cou­sue d’un corps (« son corps »), d’une démarche (« sa démarche »), d’un « style » (« son style »)22, et cela signi­fie ou devrait signi­fier qu’elle mat­ters et qu’il est plus louable de ne pas, ou peu, la contes­ter.

Pour autant, des per­sonnes qui mat­ter, vic­times en géné­ral de la contes­ta­tion de per­sonnes maî­tri­sées3.2 et leur ser­vant le plus sou­vent à orner ces podiums12 que ces der­nières construisent à prix gagnant, tentent ici ou là et régu­liè­re­ment de mani­fes­ter, de se mani­fes­ter, de s’intégrer dans la lumière égale de l’Öffentlichkeit, mais, géné­ra­le­ment, cela n’importe pas, cela ne prend pas, cela ne matière pas. La per­sonne qui mat­ters en géné­ral, là, ne mat­ters pas en par­ti­cu­lier, et la per­sonne maî­tri­sée, en tant qu’elle a à cœur, le déplore publi­que­ment (avoue le déplo­rer) : elle fait part de ses sen­ti­ments dis­tin­gués et rap­pelle, en par­ti­cu­lier, son vou­loir-du-bien-par-der­rière-en-géné­ral.

A⛣︎2.3⚖︎5.1La personne importante dans la lutte en particulier

Si la per­sonne, quand elle mani­feste, ne prend pas part aux troubles de l’espace public5 ou y prend part le moins pos­sible1, la per­sonne impor­tante dans la lutte en par­ti­cu­lier ren­contre ces troubles comme ter­ri­toire d’émergence et d’exposition de sa maî­trise3.2. Son auto-entre­pre­na­riat appli­qué, ses gloses de secré­taire, ses singeries d’emportement3.3 sont plus ou moins offi­ciel­le­ment pro­duits et ren­dus expan­sifs dans la pers­pec­tive illu­soire de la faire atteindre, les troubles enca­drés, au pon­ti­fi­cat. Puis, géné­ra­le­ment, le plus géné­ra­le­ment pos­sible, mise en mino­rité par le trouble bain-gens11, la per­sonne impor­tante dans la lutte y réduit43.

⛣︎4⚖︎5.2In aller Öffentlichkeit

Il appar­tient à la per­sonne en par­ti­cu­lier, in aller Öffentlichkeit, de prou­ver 1 1.3 que la per­sonne mat­ters 5.

To mat­ter est l’une des condi­tions de la per­sonne en par­ti­cu­lier, et c’est en tant qu’elle est sujette à une telle condi­tion, et à la seule condi­tion qu’elle y soit sujette, que la per­sonne peut se pro­duire12 et faire ses preuves in aller Öffentlichkeit.

S’y prou­ver – com­pa­raître en per­sonne en plein l’espace public, y paraître en à nu com­posé1.12.3 –, cela implique pour la per­sonne en par­ti­cu­lier de se prê­ter au jeu des déli­bé­ra­tions – l’affaire de la per­sonne est une affaire qui tourne, mais son cas n’est pas clos61, son crime n’est pas com­mis21, son sort, en consé­quence, reste en ins­tance et sujet à des déli­bé­rés ; il appar­tient alors à la per­sonne en par­ti­cu­lier, chaque fois qu’elle se pro­duit, d’exposer son affaire à ce qu’on a pu appe­ler police embus­quée, à l’admi­nistration, à tous les sup­po­sés (l’écouter, la voir et la pré­di­quer).

L’affaire de la per­sonne est une affaire publique qu’il s’agit d’exposer et c’est en pleine Öffentlichkeit que la per­sonne se livre à sa pres­ta­tion d’aveu12 et déli­bère ses cas (elle pré­sente son manège3.16 et elle pèse ses rai­sons). La per­sonne deale1.2 ses cas ; la teneur de chaque cas, dis­tri­buée en par­ti­cu­lier, est la matière d’un deal ; la teneur de chaque cas fait l’objet, en plein l’espace public, d’une déli­bé­ra­tion.

Il se laisse dire en consé­quence que ce que deale la per­sonne en par­ti­cu­lier in aller Öffentlichlikeit (espace des déli­bé­ra­tions / du deal), et ce que avec quoi elle deale, c’est ce que toute elle peut se dire et ce que toute elle doit être dite1 tant qu’elle se main­tient1041.25 en par­ti­cu­lier, mais cap le géné­ral5.321.