F1đŸŽ ïžŽ1Un accident de son genre

La per­sonne est de son genre mais comme acci­dent. Elle vient dĂ©jĂ  gĂ©né­rique sans l’avoir voulu. L’article dĂ©fini devant « per­sonne » n’est jamais l’antonomase d’un par­ti­cu­lier dĂ©fini, n’est jamais exclu­sif des mani­fes­ta­tions ordi­naires de per­sonne, des uni­tĂ©s mal hĂ©roĂŻques de per­sonnes en par­ti­cu­lier. L’article dĂ©fini devant per­sonne est tou­jours une anto­no­mase d’éther – ce qui n’est pas Ă  dire une idĂ©a­litĂ© – ou un gĂ©né­rique actuel – ce qui n’est pas Ă  dire du quel­conque poten­tiel. « La per­sonne » se trouve ĂȘtre de son genre sans l’avoir voulu et sans le savoir ; elle est : depuis son engeance aveugle. Le genre « gens » requiert la per­sonne dans sa mani­fes­ta­tion acci­den­telle pour se main­te­nir11. « Les gens » en gĂ©né­ral sont ce qui sub­siste de savoir que la per­sonne fait cap vers le gĂ©né­ral. Sur ce cap, les acci­dents de la per­sonne ne sont pas son perdre ; en revanche, c’est en tant qu’accident constant qu’elle perd l’objet de son Ă©ga­re­ment, l’obligeant Ă  main­te­nir le cap du gĂ©né­ral faute de mieux.

Art. « per­sonne », Encycl., 1751Le mot de gens, dit l’abbĂ© Girard, a une cou­leur trĂšs-indé­fi­nie qui le rend inca­pable d’ĂȘtre uni avec un nombre, & d’avoir un rap­port mar­quĂ© Ă  l’égard du sexe. Celui de per­sonnes en a une plus par­ti­cu­la­ri­sĂ©e, qui le rend sus­cep­tible de cal­cul, & de rap­port au sexe quand on veut le dĂ©si­gner. Il y a peu d’honnĂȘtes gens Ă  la cour ; les per­sonnes de l’un & de l’autre sexe y sont plus polies qu’ailleurs. Le plai­sir de la table n’admet que gens de bonne humeur, & ne souffre pas qu’on soit plus de huit ou dix per­sonnes.

AđŸȘ2đŸŽ ïžŽ2Une somatique de flux

La per­sonne est cou­sue d’un corps (« son corps »), d’une dĂ©marche (« sa dĂ©marche ») et d’un style (« son style »). Ce qui main­tient la per­sonne-en-sa-sur­face42 en un sem­blant d’unitĂ© est cette cou­ture de la per­sonne.

Entre son corps, son style et sa dĂ©marche cir­culent son vas-y, son allant, ses allez. Au point de capi­ton du corps et de la dĂ©marche verse l’allant ; au point de capi­ton du style et du corps arrive le vas-y, tor­tillard appli­qué ; oĂč se jettent ses allez confluent Ă©ga­le­ment sa dĂ©marche et son style.

Rien ne vient rem­bour­rer la per­sonne sous son capi­ton géné­ral beau­coup trop serré.

Le des­sin de ses cou­tures vers ses points de capi­ton est Ă  la per­sonne sa carte aux tré­sors.

B2đŸŽ ïžŽ3Ce qui se laisse dire La personne cĂšde en gĂ©nĂ©ral

Suivant l’axe sĂ©man­tique qui relie perte et acqui­si­tion, il est pos­sible de dou­bler notre Ă©noncĂ© Ă©ta­lon de celui selon lequel la per­sonne en gĂ©né­ral cĂšde. Mais les ces­sions de la per­sonne sont tou­jours tran­si­tives : la per­sonne ne cĂšde pas sur un axe rĂ©sis­tance — aban­don, elle ne cĂšde que dans la mesure oĂč elle se dĂ©fausse Ă  l’aveugle d’une par­tie de ses pro­prié­tĂ©s, pré­ro­ga­tives, attri­buts, dĂ©pen­dances affec­tives. Juridiquement, l’affaire dont la rai­son sociale est La Personne est un Consortium Semblant ges­tion­naire (Scheinverwaltersgross-kon­zern, SVG) ; Ă  ce titre, ce que l’affaire La Personne cĂšde elle ne le cĂšde jamais qu’au pif, n’ayant par ses sta­tuts ni le loi­sir ni la com­pé­tence de trier ses ces­sion­naires.

B10đŸŽ ïžŽ4Ce qui ne se laisse pas dire (sans frais ni concessions) La personne n’abandonne pas

Contrairement Ă  ce que laisse pen­ser B33, il n’existe pas d’axe qui relie perte et triomphe. Que la per­sonne perde en gĂ©né­ral n’est pas Ă  dire qu’elle aban­donne en gĂ©né­ral car pour qu’elle aban­donne il fau­drait que la per­sonne dis­pose d’elle-mĂȘme selon une moda­litĂ© opé­ra­tive. Or la per­sonne ne bataille pas en vue d’autre chose que sa conser­va­tion, ou autre­ment dit son main­tien de fonc­tion­na­litĂ© en tant qu’appareil. La posi­tion tenue par la per­sonne est celle du gĂ©né­ral, spot insen­sible aux avan­cĂ©es et aux retraits par­ti­cu­liers.

B9đŸŽ ïžŽ4.1Ce qui ne se laisse pas dire (sans frais ni concessions) La personne ne dĂ©faille pas

Que la per­sonne perde en gĂ©né­ral n’est pas Ă  dire qu’elle dĂ©faille en gĂ©né­ral, car pour qu’elle dĂ©faille en gĂ©né­ral il fau­drait que la per­sonne dis­pose d’elle-mĂȘme selon un prin­cipe bio­tique. Or la per­sonne ne manque jamais Ă  ce qui la consti­tue en propre. La per­sonne est sa propre forme, au sens de qua­li­fi­ca­tion et d’organisation : elle se qua­li­fie la per­sonne en per­sonne ; elle s’organise per­sonne en per­sonne.

T. W. Adorno, Dial. nĂ©g., 1966Le concept de per­sonne a pris le ton miel­leux d’une thĂ©o­lo­gie Ă  laquelle on ne croit pas. S’il est vrai que le concept d’homme juste ne peut ĂȘtre anti­cipĂ©, il n’est pas moins vrai qu’il ne res­sem­ble­rait nul­le­ment Ă  la per­sonne, ce double sanc­ti­fiĂ© de sa propre auto-conser­va­tion.

Aâ›ŁïžŽ2đŸŽ ïžŽ5La personne manifeste

Il fut dit que la per­sonne ne reven­di­quait pas ; il se laisse dire qu’elle mani­feste. Qu’elle s’efforce, qu’elle se donne, qu’elle fait offre de soi.
La per­sonne est avec pour­quoi 7 mais sans cause. La per­sonne est avec parce que mais sans alter­na­tive. La per­sonne a ses rai­sons ascen­dantes (pour­quois) et des­cen­dantes (parce ques), dont l’axe Ă  peine dĂ©clive est le lit d’un acti­visme sans cause, sans but, sans achÚ­ve­ment.

S’intĂ©grer Ă  l’Öffentlichkeit est une mis­sion de la per­sonne1.

La per­sonne, si elle avoue ses intĂȘ­rieurs1.22.2, expose ses antĂȘ­rieurs21 et fait essaim d’apprĂȘts. ApprĂȘtĂ©e d’antĂȘ­rieurs, forte d’apprĂȘts vibrants, sa pres­ta­tion est, dans l’espace public, une mani­fes­ta­tion rĂ©glĂ©e en vue de son inté­gra­tion3.51.5. In aller Öffentlchkeit, la per­sonne mani­feste son adhé­rence et son adhé­sion. La per­sonne mani­feste / se mani­feste pour le main­tien de fonc­tionnalitĂ©, la reprise d’admi­nistration, le ref­fort d’admi­nistration. La per­sonne expose ses pour­quois, ses parce ques, les condi­tions & les rai­sons (qu’elle explique per­son­nel­le­ment) de sa fai­sa­bi­litĂ© et de sa per­pé­tua­tion en gĂ©né­ral. Le temps poussĂ© Ă  s’efforcer de la sorte5.12.4 peut ĂȘtre dit, en un cer­tain sens, une mani­fes­ta­tion dans l’espace public.

E. Mounier, RĂ©v. pers. et comm., 1934Une per­sonne, ce n’est pas un fais­ceau de reven­di­ca­tions tour­nĂ©es vers le dedans Ă  l’intĂ©rieur d’une fron­tiĂšre arbi­traire, et je ne sais quel dĂ©sir inquiet d’affirmation. C’est un style rĂ©duc­teur des influences, mais lar­ge­ment ouvert Ă  elles, une puis­sance orien­tĂ©e d’attente et d’accueil. C’est une force ner­veuse de crĂ©a­tion et de maß­trise, mais au sein d’une com­mu­nion humaine oĂč toute crĂ©a­tion est un rayon­ne­ment, toute maß­trise un ser­vice. C’est une libertĂ© d’initiative, c’est-Ă -dire un foyer de com­men­ce­ments, une pre­miĂšre pente vers le monde, une pro­messe d’amitiĂ©s mul­tiples, une offre de soi. On ne se trouve qu’en se per­dant ; on ne pos­sĂšde que ce qu’on aime. Allons plus loin, jusqu’au bout de la vĂ©ritĂ© qui nous sau­vera : on ne pos­sĂšde que ce qu’on donne. Ni reven­di­ca­tion, ni dĂ©mis­sion.

C3.1đŸŽ ïžŽ6La personne prestante sur la brĂȘche

La consi­dé­ra­tion de praxi­no­scopes la per­sonne Ă  l’arrĂȘt, pour dĂ©ter­mi­na­tion des cas, donne Ă  voir des sta­tions et figures impos­sibles hors de leur chaĂźne ou leur manĂšge. L’affaire la per­sonne tourne Ă  la figure uni­taire pré­caire. Aussi la per­sonne four­nit-elle lĂ  encore21 une pres­ta­tion au qui-vive. Elle est dans l’obligation de pour­suivre. Chaque figure concourt avec toutes les autres sur les praxi­no­scopes, prise dans une allure mutua­li­sĂ©e.

C4.6đŸŽ ïžŽ7La personne observĂ©e par la personne

Le cas de la per­sonne obser­vĂ©e par la per­sonne est un cas mani­feste. La per­sonne en par­ti­cu­lier fait sa crise, fait la belle, fait le taf, fait ce qu’il y a Ă  faire, sous l’observation sup­po­sĂ©e de sa per­sonne en gĂ©né­ral3.1. La per­sonne main­te­nue en obser­va­tion se trouve idĂ©a­le­ment entre­prise par un diag­nos­tic, attes­tĂ©e et sanc­tion­nĂ©e par un mal qui lui assure sa perte. L’entre­prise de soin qui fait suite (diag­nos­tic vĂ©ri­fiĂ©, mani­fes­ta­tions rĂ©gu­lĂ©es, inten­si­tĂ©s redi­ri­gĂ©es, soin gĂ©né­ra­le­ment pris de la dis­tri­bu­tion) n’est tou­te­fois que l’actualisation tar­dive d’un dĂ©sir (franc et oignant) de la per­sonne en par­ti­cu­lier : celui d’ĂȘtre obser­vĂ©e, soi­gnĂ©e, prise en charge en gĂ©né­ral comme une grande (affaire, per­sonne, pré­ca­ritĂ©). La per­sonne en gĂ©né­ral, n’étant pas en mesure de s’attribuer une dĂ©faillance – elle ne se l’accorde Ă©ven­tuel­le­ment que comme grĂące d’une dĂ©fausse par­ti­cu­liĂšre16 â€“, dĂ©lĂšgue ici toute l’entre­prise Ă  un cas par­ti­cu­lier qui, entre­tenu dans sa pres­ta­tion et main­tenu dans sa fonc­tionnalitĂ© comme per­sonne malade1, devient le fĂ©tiche auto­nome – sa tĂȘte rĂ©duite posĂ©e sur l’étagĂšre – d’un dĂ©sir en gĂ©né­ral dĂ©niĂ© de soin et d’observation, d’admi­nistration – mĂ©di­cale en par­ti­cu­lier .