đŸ”«ïžŽ1La personne exerce une menace, qu’elle reprĂ©sente

La per­sonne exerce une menace, qu’elle repré­sente. La per­sonne est calme. Elle se maß­trise (la per­sonne maß­trise sa per­sonne). Elle tient cette maß­trise de ce qu’elle a peu de pou­voir. La per­sonne a peu de pou­voir parce qu’elle est peu por­tĂ©e sur la vio­lence et que ses moyens phy­siques ne lui per­mettent de toute façon pas d’atteindre dĂ©ci­si­ve­ment quoi que ce soit. C’est pour­quoi la seule menace repré­sen­tĂ©e par la per­sonne est une pré­ve­nance sour­noise : pre­nez soin de vous, com­pris ?

AđŸ”«ïžŽ3La personne exauce une menace, qu’elle reprĂ©sente

Il arrive que la per­sonne prenne un mau­vais soin d’elle4.42.2. Il arrive que de sa per­sonne elle mĂ©con­naisse le soin parce que les plans, les cartes. La per­sonne hagarde alors dans ses allez22, ou s’y tapit lou­che­ment. Si la per­sonne rĂȘve de se faire bra­quer en gĂ©né­ral, sa per­sonne la bra­quera en son nom sous le nom de per­sonne.

đŸ”«ïžŽ4La personne est distante et joignable

Ce n’est pas tout pour la per­sonne ; conti­nuez d’appeler1.

Clause de non-concur­rence : La per­sonne n’est pas lasse. Il appar­tient Ă  sa pres­ta­tion gĂ©né­rale de ne pas l’ĂȘtre. MĂȘme tard, on pourra la cap­ter.

đŸ”«ïžŽ5đŸ“ŽïžŽ1.3La personne travaille le soir

On ne peut mieux dĂ©so­rien­ter la per­sonne en gĂ©né­ral que de la faire tra­vailler le soir. Et par­lant soirs c’est qua­si­ment tous les qu’on lui fait tra­vailler. Chaque soir, il le lui est fait tra­vailleuse. Et chaque jour c’est le soir qui est choisi pour la le lui mettre au tra­vail9, Ă  lier.

đŸ”«ïžŽ6đŸ“ŽïžŽ1.4La personne travaille le soir

Façon la tra­vailleur, Ă  la bos­seur, c’est la per­sonne en gĂ©né­ral qu’on assigne Ă  taf­fer, tous les soirs en par­ti­cu­lier. Et c’est ainsi qu’elle la consomme8 cer­tains soirs, la per­sonne ; la per­sonne cer­tains soirs en son par­ti­cu­lier.

đŸ”«ïžŽ6.1La personne travaille le soir

La per­sonne est au spĂ€t­kauf de son exis­tence (Ă  l’épicerie de nuit de sa vie). Le spĂ€t­kauf de la vie de la per­sonne en est un lieu et un moment. SpĂ€tkauf est Ă  la per­sonne une situa­tion. La per­sonne, au spĂ€t­kauf de sa vie, est ouverte tard, jusqu’à ce tard oĂč le tĂŽt point. LĂ , la per­sonne tra­vaille Ă  sa propre enseigne :

đŸ”«ïžŽ7đŸïžŽ4La personne est une expĂ©rience pĂ©dagogique tournĂ©e

La per­sonne est le rĂ©sul­tat d’une entre­prise pĂ©da­go­gique ensei­gnant qu’il est bon de s’ennuyer un peu. Mais en la per­sonne sou­vent s’ennuyer se fait se faire chier et se faire chier prend des pro­por­tions ingé­rables et la per­sonne finit par ĂȘtre pous­sĂ©e, mais assez sou­dai­ne­ment et pour ainsi dire dans le dos, Ă  l’action, alors que jusque-lĂ  son calme et bel ennui insoup­çonnĂ© des chiances avait Ă©tĂ© bĂ©ni.

đŸ”«ïžŽ7.1đŸ“ŽïžŽ2La personne se fait chier

L’action Ă  laquelle la per­sonne est pous­sĂ©e s’appelle entre­prise. La per­sonne est som­mĂ©e d’entreprendre, sous cette som­ma­tion impré­cise, la per­sonne entre­prend une stase, pas for­cé­ment rageuse mais ren­fro­gnĂ©e, une chiance maxi­male, comme par ven­geance et croyant se sau­ver ; la per­sonne croit se mettre Ă  l’abri des entre­prises des autres.

Et je n’entreprends pas, Ă  force de par­ler, ni de vous adou­cir, ni de vous conso­ler.P. Corneille, Le Cid, 1637

đŸ”«ïžŽ7.3đŸ“ŽïžŽ2.1La personne se fait chier en personne

Se faire chier en per­sonne : ĂȘtre tout tout prĂšs d’entre­prendre, aper­ce­voir les dĂ©bou­chĂ©s, entre­voir qu’il y aurait mieux Ă  faire mais se faire chier quand mĂȘme, et se faire d’autant plus chier qu’il y aurait mieux Ă  faire. Ex : ĂȘtre la per­sonne, il y aurait mieux Ă  faire.

đŸ”«ïžŽ7.4đŸ“ŽïžŽ2.2La personne se fait chier en personne (2)

La per­sonne entre­prend une stase : elle singe qu’elle se fait chier, elle se joue12 se faire chier, elle auto-entre­prend se faire chier et en tire, notam­ment, les bĂ©né­fices secon­daires12. Le la per­sonne se fait chier est tou­jours pas­sible de cette inter­pré­ta­tion – gam­bade et cor­rec­tion1.1 : qu’elle entre­prend se faire chier avec en vue les bĂ©né­fices.

đŸ”«ïžŽ7.6đŸïžŽ4.1La personne est une expĂ©rience pĂ©dagogique bien tournĂ©e

La per­sonne, quoi qu’elle fasse, finit tou­jours par entre­prendre (par exemple : elle fait8 chiance), et c’est ainsi que si la per­sonne perd en gĂ©né­ral, elle voit s’accroĂźtre en par­ti­cu­lier ses tré­sors, elle accu­mule les bĂ©né­fices secon­daires et rem­plit ses tré­sors.

R. SchĂ©rer & G. Hocquenghem, Co-ire, alb. sys. enf., 1976Certes, il pourra sem­bler Ă©trange que nous refu­sions d’accorder Ă  l’enfant la « per­son­na­lité » puisque c’est lĂ  la garan­tie essen­tielle que l’on peut reven­di­quer et qu’il peut reven­di­quer pour lui. Mais il ne s’agit pas de cela. Nous enten­dons avec « per­sonne » cette dĂ©ter­mi­na­tion abs­traite et arti­fi­cielle de l’individu qui est beau­coup plus la marque de sa ser­vi­tude que de sa libé­ra­tion, au sens oĂč toutes les formes de res­pon­sa­bi­litĂ© per­son­nelle pro­gres­sive dĂ©bouchent sur la requĂȘte de prise en charge des formes, soit d’asservissement, soit de dĂ©ri­va­tion. Un lycĂ©e aux lycĂ©ens, ce n’est tout de mĂȘme pas, tout le monde s’en rend compte, un idĂ©al appro­priĂ© Ă  une libé­ra­tion de l’enfant ! [
] Or, il y a une façon de rĂ©cla­mer ou de pro­mou­voir l’autonomie de l’enfant qui ne fait que recon­duire l’ensemble des illu­sions que les adultes, en ce qui les concerne, com­mencent Ă  recon­naĂźtre comme telles, et dont ils ont tant de mal Ă  se dĂ©bar­ras­ser : illu­sions huma­nistes de l’autonomie de la per­sonne, alors que de plus en plus le pou­voir de dĂ©ci­sion leur Ă©chappe ; de la pro­priĂ©tĂ© per­son­nelle du corps, alors que nous souf­frons de l’étau, comme disait Reich, des cui­rasses cor­po­relles ; de la dĂ©fense contre l’étranger, alors que c’est le dĂ©faut de com­mu­ni­ca­tion qui nous carac­té­rise.

đŸ”«ïžŽ8La personne se consomme

Pour la per­sonne, la per­sonne est pro­pre­ment Ă©qui­va­lente Ă  l’un de ces prods qu’elle consomme dans l’essai d’amĂ©liorer ses pres­ta­tions21. La per­sonne bouffe de la per­sonne10.3 comme elle se tape un nou­veau rail de CC56.

đŸ”«ïžŽ8.1đŸïžŽ5.2Rencontre de la personne

La per­sonne se consomme dans le bain-gens11 – ce qui s’appelle : faire8 une ren­contre (ou, quel­que­fois et en un cer­tain sens, faire une soi­rĂ©e6).

T. W. Adorno, Jarg. auth., 1964Dans une sociĂ©tĂ© oĂč c’est vir­tuel­le­ment un acci­dent que les hommes se connaissent les uns les autres – ce qu’on a appelĂ© autre­fois la vie s’amincit tou­jours plus et, lĂ  oĂč elle demeure, elle est dĂ©jĂ  consi­dĂ©rĂ© comme quelque chose de sim­ple­ment tolĂ©rĂ© – dans une telle sociĂ©tĂ©, il n’y a plus guĂšre de ren­contre comme celle de Keller, mais des ren­dez-vous par tĂ©lé­phone. Mais c’est pré­ci­sé­ment pour­quoi « ren­contre » est tel­le­ment vantĂ© : contacts qu’organise une langue bar­bouillĂ©e de cou­leurs Ă©cla­tantes, parce que la lumiĂšre s’est Ă©teinte. Le geste lan­ga­gier consiste ici Ă  « par­ler les yeux dans les yeux », comme le font les dic­ta­teurs.

AđŸ”«ïžŽ9đŸïžŽ3La personne ne remonte pas sa personne

Concernant la per­sonne, la mĂ©thode abrĂ©ac­tive est inopé­rante : la per­sonne ne revient pas sur les traces de sa per­sonne ; elle ne retrouve pas plus sa per­sonne en la rebrous­sant ; elle ne fait pas davan­tage de sa per­sonne une ana­mnĂšse. Pourquoi ? Parce que tout a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© vĂ©cu de la per­sonne dans la ren­contre de sa per­sonne – vĂ©cu et consommĂ© dans le qui-vive de sa ren­contre – et donc toute rela­tion de la per­sonne avec sa per­sonne est un revĂ©cu, un reviens-y com­pul­sion­nel frus­trant atta­quĂ© du dehors par un reviens-en rai­son­nant. Il n’y a pas d’en avant / en arriĂšre sur la per­sonne comme sur une voie. Le cĂ©lĂšbre en avant la mĂ©moire ! en arriĂšre le temps ! ne concerne pas la per­sonne.

I. Baszanger, Doul. mĂ©d., fin oubl., 1995, p. 349Il y a donc en ce sens cen­tra­tion sur la per­sonne et ses rĂ©ac­tions, mais il ne s’agit pas de remon­ter en amont de la dou­leur Ă  la vĂ©ritĂ© pro­fonde d’un ĂȘtre. Il s’agit – cen­trĂ© sur ses rĂ©ac­tions Ă©mo­tion­nelles et mus­cu­laires – d’apprendre Ă  les contrέler, voire Ă  les faire ces­ser, seul moyen pour, Ă  long terme, Ă©teindre un com­por­te­ment de dou­leur. D’une cer­taine façon, la per­sonne n’a guĂšre Ă  voir avec ses rĂ©ac­tions, qui dĂ©pendent, comme le mĂ©de­cin a pris la peine lon­gue­ment de l’établir, de son « tem­pé­ra­ment », dis­po­si­tion hĂ©ri­tĂ©e plus que volon­taire. Ses rĂ©ac­tions sont pro­vo­quĂ©es par des situa­tions ordi­naires contrai­gnantes pour tous les indi­vi­dus, elles n’ont pas de rai­son d’ĂȘtre dans la vie inté­rieure (au moins il n’y a pas lieu de les cher­cher). La per­sonne doit donc apprendre Ă  contrέler les consé­quences de cette dis­po­si­tion – ses rĂ©ac­tions exces­sives –, non pas en essayant de com­prendre un sens Ă©ven­tuel de ses rĂ©ac­tions ou si elles sont liĂ©es au sens donnĂ© Ă  cer­tains Ă©vé­ne­ments, mais en les voyant comme quelque chose de mĂ©ca­nique qui se met en route auto­ma­ti­que­ment en rĂ©ponse Ă  des Ă©vé­ne­ments qui ne sont inté­res­sants qu’en fonc­tion de leur capa­citĂ© Ă  dĂ©clen­cher ce mĂ©ca­nisme, et qui doivent donc ĂȘtre repé­rĂ©s Ă  ce titre. Le contrĂŽle s’acquiert par la sub­sti­tu­tion d’un mĂ©ca­nisme Ă  un autre. Cette concep­tion d’une dis­po­si­tion hĂ©ri­tĂ©e a l’intĂ©rĂȘt d’éviter de faire por­ter Ă  la per­sonne la res­pon­sa­bi­litĂ© de l’origine de cette hyper-rĂ©ac­ti­vitĂ© et donc, en aval, de sa dou­leur. Elle favo­rise en cela l’adhĂ©sion au pro­gramme de ges­tion « faire face ». Progressivement, on voit se consti­tuer l’horizon d’une per­sonne Ă©tale, presque sans Ă©mo­tion, culti­vant – cen­trĂ©e sur ses rĂ©ac­tions de sur­face, Ă©mo­tion­nelles et mus­cu­laires, plus que sur elle-mĂȘme – une dis­tance ou une absence Ă  soi (par oppo­si­tion Ă  ce que Foucault a dĂ©si­gnĂ© comme « culture de soi »). Cette dis­tance Ă  soi lui per­met­tra de contrέler cet excĂšs qui, en mĂȘme temps qu’il entre­tient la dou­leur, dĂ©sor­ga­nise les per­for­mances, ren­dant cette per­sonne moins effi­cace.