C1Cas particuliers entre tous

Casuistique : 1. Examen d’un cas par­ti­cu­lier à la lumière des prin­cipes de la dis­ci­pline dont il relève ; 2. Péj. Tendance à sub­ti­li­ser, sou­vent de manière com­plai­sante.

La per­sonne n’est pas seule ; elle est capi­ton­née, géné­reu­se­ment peu­plée d’une bourre qui s’affaire. La petite affaire la per­sonne est épaisse de cet affai­re­ment : toute men­tion de la per­sonne convoque une sous-trai­tance de men­tions sourdes, uni­tés mobiles esseu­lées qui pro­pre­ment la dimen­sionnent. Ce staff n’a aucune vue sur le dimen­sion­ne­ment auquel il tra­vaille ; il ne se vit qu’en charge de gra­phies internes : l’apper­sonne1.1, l’aper­sonne1.2. Sa fonc­tion est moins de consti­tuer une alter­na­tive à la gra­phie mère — l’obvie la per­sonne — que de sus­ci­ter une image acous­tique mul­tis­table du signi­fiant [lapɛʁ.sɔn]. C’est cette mul­tis­ta­bi­lité qui, dans le bougé typique des entre­prises d’une tête, dimen­sionne la per­sonne.

C1.1L’appersonne (paire en puissance)

Appareillade, Appariade, subst. fém. : Terme de chasse. Formation des couples de per­drix en vue de la repro­duc­tion.

Conventionnellement la per­sonne, la per­sonne s’entend aussi l’appersonne, où a- n’a pas la valeur du pri­va­tif grec — ce serait l’apersonne1.2 — mais celle du latin ad-, pré­fixe de l’appartenance, de l’attraction, de la cou­ver­ture à soi, mais aussi de l’appareillage, de l’appariade, du pari conju­gal de fonc­tionnalité.

A. C. Leconte Desgraviers, Ess. vén. art val. lim. suiv. trait. malad. des ch. rem., voc. intell. term. chass. vén. Etat. rend.-vous chass. et place. rel. for. avois. Paris, 1810Je fais donc choix, à lʼappareillade, dʼun chien dʼun an, vif, tur­bu­lent, qui ait lʼair de se moquer des coups de fouet, cʼest-à-dire qui nʼait ni timi­dité, ni ran­cune, et qui sʼé­ver­tue en gam­bades après la cor­rec­tion. Je le mène en plaine ou deux fois avant de com­men­cer l’appren­tis­sage, pour juger seule­ment si la finesse de son nez, comme la qua­lité la plus requise, est digne de l’applica­tion que je me pro­pose. Ce pre­mier exa­men fait, et mon chien reconnu sus­cep­tible de pro­fi­ter des ins­truc­tions, le col­lier au col, et tenu par une ficelle, je le conduis dans un parc ou dans une prai­rie. Dans cette car­rière, je lui apprends à venir à moi, à son nom pro­noncé et à ces termes : Ici, à moi. Quand il s’est approché, je le fais mettre sur le cul, moi­tié enga­ge­ment, moi­tié contrainte, et il a bien­tôt com­pris ce que je désire de lui. Au lieu de me ser­vir des termes usi­tés, Sur le cul, j’aime mieux me ser­vir de ceux-ci : Asseyez-vous.

C1.2L’apersonne (perd en puissance)

Conventionnellement la per­sonne, la per­sonne s’entend aussi l’apersonne, où a- n’a pas la valeur latine d’un à-soi — ce serait l’appersonne1.1 — mais celle du grec ἀ-, pré­fixe d’une dépo­si­tion sans pro­cès, d’un retour­ne­ment des anciens attri­buts stig­mates de la perte.

C1.3Plus d’a, plus de

La pro­fu­sion interne du signi­fiant [lapɛʁ.sɔn] flatte par la qua­lité d’ouverture qu’on sup­pose aux images mul­tis­tables. Mais canard-lapin n’est pas canard et lapin en même temps ; canard-lapin n’est pas ouvert au mutan­tat ; canard-lapin n’est pas une sphynge. [lapɛʁ.sɔn], comme canard-lapin, fra­casse dans le décor toute ten­ta­tive de faire appa­raître une image syn­thé­tique de sa pro­fu­sion. C’est soit canard soit lapin et les deux mais alter­na­ti­ve­ment ; c’est soit l’un soit l’autre qui gam­bade après la cor­rec­tion. De même, c’est l’apersonne ou l’appersonne, et toute men­tion de la per­sonne se reli­rait à nou­veaux frais dans l’oubli ou le deuil d’une pre­mière lec­ture ; toute mani­fes­ta­tion de la per­sonne ne se lais­se­rait sai­sir que dans une col­li­ma­tion dont seule l’incomplétude garan­tit la net­teté. Pourtant il y a — dans une vitesse réglée au poil près sur les praxi­no­scopes de [lapɛʁ.sɔn] en usage — une chance de pro­duire par super­po­si­tions l’illusion convain­cante d’une gam­bade uni­taire [per­sonne aper­sonne apper­sonne]. Et il n’y a pas d’autre choix que de s’y essayer. De part et d’autre des éver­tue­ments : l’anomie.

C1.4Le personnel (une légende)

Une légende raconte, sous la forme d’une ver­sion concur­rente de la bourre dimen­sion­nante, qu’il existe quelque chose comme une vie propre du per­son­nel.

d’ap. P. Leroux, [Du per­son­nel] – de son prin­cipe, et de son ave­nir, 1840Le per­son­nel est vir­tuel­le­ment dans chaque per­sonne, mais il n’y a que des per­sonnes par­ti­cu­lières qui aient une exis­tence véri­table au sein du per­son­nel. Le per­son­nel est un être géné­rique ou uni­ver­sel ; mais les uni­ver­saux, comme on disait dans l’école, n’ont pas une exis­tence véri­table, si l’on entend par là une exis­tence pareille en quelque chose à celle des êtres par­ti­cu­liers. […] On se fait ordi­nai­re­ment de ce qu’il faut entendre par le per­son­nel des idées fort légères et très-confuses. On appelle per­son­nel l’ensemble des per­sonnes qui ont paru ou qui paraî­tront, addi­tion­nés pour ainsi dire ensemble ; ou bien l’on s’élève jusqu’à conce­voir par per­son­nel une espèce d’être col­lec­tif, pro­ve­nant du jeu et de l’influence réci­proque de toutes les per­sonnes les unes sur les autres. Il faut avoir du per­son­nel une idée plus nette et plus pro­fonde. Le per­son­nel, c’est chaque per­sonne dans son exis­tence infi­nie. Nulle per­sonne n’existe indé­pen­dam­ment du per­son­nel, et néan­moins le per­son­nel n’est pas un être véri­table ; le per­son­nel, c’est la per­sonne, c’est-à-dire les per­sonnes, c’est-à-dire des êtres par­ti­cu­liers et indi­vi­duels. Je dis d’abord que nulle per­sonne n’existe indé­pen­dam­ment du per­son­nel. […] Le per­son­nel est une vie géné­rique, col­lec­tive, immor­telle, capable de se concen­trer ou de se répandre, illi­mi­tée, par consé­quent, dans le temps et dans l’espace.

C2📎︎1Cas général La personne prestataire

La per­sonne est entre­pre­nante, mais son entre­prise a moins à voir avec une dis­po­si­tion volon­taire devant le qui-vient qu’avec le fait accom­pli de la pres­ta­tion au qui-vive : la per­sonne entre­pre­nante est d’abord la per­sonne pres­ta­taire à bout.

La per­sonne entre­prend, tou­jours sem­blant sur le point de com­mettre, mais, bien que son crime soit pas dou­teux 6.2 1.3, elle ne le com­met pas ; elle atteste par sa pres­ta­tion qu’on lui a com­mis­sionné un crime de réfé­rence. Le crime de réfé­rence, une fois com­mis, vien­drait accor­der idéa­le­ment l’ensemble de ses cir­cu­la­tions, sanc­tion­ner d’une signi­fi­ca­tion glo­bale ses aven­tures pré­di­ca­tives décou­sues, don­ner « le nom de l’aventure », mais, la per­sonne étant toute à sa pres­ta­tion, et le crime n’étant pas com­mis, le cas de la per­sonne reste ouvert 6.

Qu’on lui ait com­mis­sionné un crime de réfé­rence61 n’arrange rien : sor­tie des draps cap un géné­ral qui la rend tou­jours plus sus­pecte, la per­sonne s’engage à accom­plir la mis­sion, sans fonc­tion ni dignité atta­chées, d’être tou­jours sur le point de com­mettre. La per­sonne, au qui-vive de la pres­ta­tion, admet l’auto-entrepreneur au registre des rai­sons per­son­nelles, dont il y a deux types :

  • les intê­rieurs, ou inté­rêts bien com­pris ;
  • les antê­rieurs : essaim d’occiput ou de nuque (idée, menace, aver­tis­se­ment, défi, menace-aver­tis­se­ment, menace-chal­lenge, menace pré­ve­nante, coup du lapin pré­ven­tif).

Pour toute clause Cx existe une clause exclu­sive Cx′, trou noir de la par­ti­cu­la­rité, sur le modèle : Il n’est pas exclu qu’entre­prendre soit le nom d’une per­sonne en par­ti­cu­lier qui soi­gne­rait par­ti­cu­liè­re­ment ses intê­rieurs, expo­se­rait par­ti­cu­liè­re­ment ses antê­rieurs comme du drap les­sivé aux fenêtres, mais nous sommes requis par le géné­ral, sa barre F ; le par­ti­cu­lier s’envaser dans ses fonds, c’est ce que nous accep­tons de voir sans nous émou­voir.

La per­sonne, au qui-vive de la pres­ta­tion, com­prend, intègre le motif du vou­loir-du-bien-par-der­rière sous sa forme conscience-patron ; elle mani­feste, tant qu’elle tourne, un main­tien de fonc­tion­na­lité.

C2.1📎︎1.1La personne prestataire à bout et à fond

Douillettement éta­blie dans son cas au milieu de ses intê­rieurs, et pous­sée dans son affaire par ses antê­rieurs, la per­sonne est pres­ta­taire à bout et à fond. Au qui-vive de la pres­ta­tion, au bout du bout et fond du fond de ses pres­ta­tions, la per­sonne prête encore sa per­sonne à la réca­pi­tu­la­tion de ses cas. Ça, c’est fait : ten­ta­tive de syn­thèse des praxi­no­scopes par indexa­tion des cas suc­ces­sifs. Ça s’est fait : compte tenu des intê­rieurs et antê­rieurs. Cette pres­ta­tion en pré­cède immé­dia­te­ment une autre, au bout du bout du bout, qui consiste pour la per­sonne à se ser­vir à elle-même un ser­vage-à-la-per­sonne en guise de Feierabendbier.

C2.2⚖︎1.1La personne cadrée

Un des cas par­ti­cu­liers parmi les plus fur­tifs sur le praxi­no­scope géné­ral de la per­sonne pres­ta­trice est celui qui fait entre­voir la per­sonne en son cadre.

Qu’il reste en géné­ral inap­pa­rent ou qu’il se donne pareille­ment à voir, le cadre de la per­sonne la tient, elle s’y tient, et c’est au cadre qu’elle s’en tient61. La per­sonne est tenue, pour se main­te­nir dans l’économie des intê­rieurs et des antê­rieurs, de se prê­ter à sa com­pa­ru­tion dans son cadre, c’est-à-dire de mon­trer une dis­po­si­tion à com­mettre, un zèle à demeu­rer sus­pecte. Le cadre de la per­sonne cap­ture et déli­mite sa per­sonne en pleine pres­ta­tion, par­fois dans la lumière épa­tante d’un flash, d’un coup de torche, d’un coup de phares, d’un coup de feu.

Quand la per­sonne singe de s’évader de son cadre (une singerie par­ti­cu­lière), la per­sonne sait qu’elle joue avec et pour la police embus­quée, qui finira par la pié­ger.

d’ap. J. Butler, Ce qu. fait un. vie, 2009Être enca­dré ou cadré (to be fra­med) est une locu­tion com­plexe en anglais : un tableau est enca­dré (fra­med), mais on dit la même chose d’un cri­mi­nel cerné (par la police) ou d’une per­sonne inno­cente pié­gée (par une ins­tance de mal­in­ten­tion, comme la police ou la police). To be fra­med signi­fie ainsi être vic­time d’un coup monté, des preuves étant arti­fi­ciel­le­ment dis­po­sées de sorte à éta­blir la culpa­bi­lité d’une per­sonne.

C2.3📎︎1.2Le T.P.E.

Le Travail Personnel Encadré est une Très Petite entre­prise, qui consiste, par exemple, à laver le gros gong et à le rendre intact, afin qu’il conti­nue de valoir trente mille balles mailloche com­prise. Rendre intact est une mis­sion et une tâche, un ser­vice à la per­sonne enca­dré pour qui sonne le gong.

C2.4La personne démissionnaire

Clause de non-affi­lia­tion : Il arrive que la per­sonne démis­sion­naire démis­sionne effec­ti­ve­ment. On dit alors de la per­sonne démis­sion­naire qu’elle a rejoint son âme ou qu’elle fait autre chose 5.1 2.4.

La per­sonne est démis­sion­naire qui entre­prend la démis­sion par une levée de ses intê­rieurs. On la voit, sou­te­nue par ce levain intime, exhor­ter sa per­sonne à entre­prendre démis­sion­ner, à se la réta­blir au jar­din (d’inemploi, d’irréduction4, de pro­tes­ta­tion), à s’en don­ner les moyens. La per­sonne démis­sion­naire livre les clés d’une entre­prise alter­na­tive à l’entrepreneuriat géné­ra­lisé et, en tant qu’elle se pro­pose de tout entre­prendre en géné­ral, à toute entre­prise en par­ti­cu­lier.
Jardiner est le qui-vient.
(La per­sonne démis­sion­naire, Comment faire, 2017)

C3⚖︎4Cas général La personne prestante

La per­sonne en son cadre2.21.1 est une pres­ta­taire affec­tée ; elle y affecte un air de rien qui la main­tient sus­pecte et visible pour cet autre sup­posé la voir qu’on a pu appe­ler police embus­quée. Une pres­ta­tion réus­sie consiste, pour la per­sonne, à s’affirmer recon­nais­sable, s’avouer cap­table, s’attester per­sonne en per­sonne12.

Alain de Libera, Arch. suj., II, Quêt. id., 2008Le sujet per­son­ni­fié est une per­sonne qui a tout du sujet, qui bloque sur elle les deux dimen­sions recon­nues depuis Aristote au [verbe] kate­go­rein : « accu­ser quelqu’un de quelque chose » et « attri­buer quelque chose à quelque chose », soit :
kate­go­rein(1) > accu­ser > impute : sujet d’imputation (l’homme indi­vi­duel, la per­sonne, le Self), Morale ;
kate­go­rein(2) > attri­buer > attri­bute : sujet d’attribution (l’homme, l’âme, l’esprit, le corps), Psychologie.

C3.1🎠︎6La personne prestante sur la brêche

La consi­dé­ra­tion de praxi­no­scopes la per­sonne à l’arrêt, pour déter­mi­na­tion des cas, donne à voir des sta­tions et figures impos­sibles hors de leur chaîne ou leur manège. L’affaire la per­sonne tourne à la figure uni­taire pré­caire. Aussi la per­sonne four­nit-elle là encore21 une pres­ta­tion au qui-vive. Elle est dans l’obligation de pour­suivre. Chaque figure concourt avec toutes les autres sur les praxi­no­scopes, prise dans une allure mutua­li­sée.

C3.2🍪︎🎠︎⚕︎Ⰴ︎La personne maîtrisée

Sur le praxi­no­scope géné­ral de la per­sonne pres­tante, la per­sonne en par­ti­cu­lier se donne les moyeux de réus­sir sa pres­ta­tion en affec­tant des airs de maî­trise. La per­sonne y est en par­ti­cu­lier capri­cieuse, c’est-à-dire vir­tuose en rai­sons per­son­nelles : backée d’une nuée d’antê­rieurs, elle est incol­lable sur ce qui la rive puis la vire, la fait tour­ner, la motive puis la démo­tive.

C3.3La personne singeant concourir

La per­sonne en par­ti­cu­lier s’affecte pour com­plaire à son cas géné­ral : elle singe de concou­rir au géné­ral en se déme­nant, en s’emportant, en ne se lais­sant pas faire. Son concours est pour­tant des plus incer­tains ; au ser­vice de la per­sonne en ser­vice, la per­sonne sin­geant concou­rir est tenue de res­ter dans sa roue pour les besoins de la pres­ta­tion34.

C3.4⚖︎2.1La personne avouée

Clause post-contrac­tuelle : La per­sonne per­due dans la per­sonne est le nom d’un jeu de singes – jeu d’esquives, d’appels, de mur­mures, de cris, de lumi­naires qu’on éteint, qu’on allume sou­dai­ne­ment, qu’on fait se balan­cer, que par­fois même on fend, brise, défonce sur la colonne – jeu de la panique feinte dont tout l’enjeu consiste à livrer la per­sonne aux délices pro­gres­sives de sa rétrac­ta­tion sur le carré d’aveu, à la faire entre­prendre, concer­née, sa confes­sion, à jouir 1.4 en pleine lumière et dis­tinc­te­ment de se recon­naître, s’imputer, s’admettre et s’accuser. La per­sonne per­due dans la per­sonne se laisse ainsi pié­ger à tout moment du jeu et par­ti­cipe, dans soin récri même, de ce qui la main­tient fra­med 6, en pres­ta­tion.

On raconte sou­vent, via la per­sonne, que la per­sonne en par­ti­cu­lier per­due dans la per­sonne en géné­ral s’est rétrac­tée sur un carré d’aveu12 la concer­nant et l’attestant : qu’elle se recon­naît en per­sonne dans tout ce qui l’y fait paraître à nu / à bout d’affectation, pié­gée dans son affaire hors l’orbe de son affaire.

Ce que la per­sonne joue dans ce carré d’aveu est une confes­sion de la per­sonne se recon­nais­sant en par­ti­cu­lier, s’imputant en propre, s’admettant pour soi, s’accusant d’affecter. Le carré d’aveu est un cadre de pres­ta­tions – com­pa­ru­tions, sévices, exhi­bi­tions – construit et amé­nagé par la per­sonne en par­ti­cu­lier qui cherche à se livrer1.22.2.

G. Lamarche-Vadel, Dupl., 1994Déclarée, réaf­fir­mée secrète, la confes­sion reçoit des conciles et synodes pos­té­rieurs ses règles de pro­cé­dures. Celles-ci requiert lumi­no­sité des lieux des­ti­nés à la confes­sion, publi­cité et visi­bi­lité pan­op­tique.

L’homme, en Occident, est devenu une bête d’aveu.M. Foucault, Vol. sav., 1976

C3.5⚖︎1.5La personne manifeste

La per­sonne mani­feste tend à s’arracher à son praxi­no­scope pour ne plus se pro­duire qu’à la sur­face de visi­bi­li­tés consti­tu­tives de der­nière gamme, dont une légende vou­drait qu’elle pré­sente mieux. Comme tout autre cas de la per­sonne, la per­sonne mani­feste ne se vit que cap­tu­rée, mais ce n’est que cap­tu­rée comme pure et simple visi­bi­lité renou­ve­lée qu’elle s’atteste res­pon­sible1.1, qu’elle vient s’admettre et s’accuser. Elle n’opère que selon l’écran, ou plus spé­ci­fi­que­ment : elle ché­rit les len­tilles récentes, col­li­ma­teurs récents, camé­ras d’action, camé­ras ther­miques, écrans plats à haute défi­ni­tion sus­cep­tibles, à tout moment, de la cap­ter ou de la dif­fu­ser. Elle adhère à l’ensemble de tels « der­niers » sup­po­sés l’attester pour se fondre au fond d’écran et ne plus appa­raître, toutes condi­tions maté­rielles d’apparition et de sur­vie déniées, qu’en toute publi­cité (i.e. in aller Öffentlichkeit), à la sur­face du monde inté­gra­le­ment confessé, dans la lumière égale de la déli­bé­ra­tion publique 24/2445.2. Combler la per­sonne mani­feste, c’est lui adres­ser cette ques­tion : que faire de la per­sonne ?9

Clause com­plé­men­taire : Même silen­cieuse, la per­sonne mani­feste déli­bère publi­que­ment. La per­sonne mani­feste s’admi­nistre inté­gra­le­ment en vue de l’Öffentlichkeit. S’admettre et s’accuser en pure et simple visi­bi­lité renou­ve­lée lui sont une manière de déli­bé­rer, de faire s’accroître et s’enforcer l’Öffentlichkeit, d’y adhé­rer et de s’y inté­grer.
Clause com­plé­men­taire : La per­sonne mani­feste ne s’arrache pas à son praxi­no­scope, elle tend à s’y arra­cher. Il arrive par ailleurs que le praxi­no­scope soit lui-même cap­turé en par­ti­cu­lier par la per­sonne elle-même ou par l’un des sup­po­sés la voir qu’on a pu appe­ler police embus­quée.

C4🐁︎2Cas général La personne sensation

Clause com­plé­men­taire : La per­sonne voit conti­nû­ment sa sur­face bou­le­ver­sée par le libre jeu des appa­ri­teurs qui se vouent au main­tien des pres­ta­tions 2 1 3 4 de sa paire (per­sonne en géné­ral / per­sonne en par­ti­cu­lier). Dans ce bou­le­ver­se­ment constant, la sur­face de la per­sonne est une ter­rain d’affection et une zone de modi­fi­ca­tion. La per­sonne assiste à une varia­tion de sa-per­sonne-en-sa-sur­face par le libre jeu des rap­ports de pou­voir et de pré­séance qui tra­versent et per­turbent le tra­vail de ses appa­ri­teurs, l’économie de sa paire. Le cura­teur 2 se consacre à la bonne tenue de cette sur­face, qu’il dis­pose à l’exposition et qu’il fait se trans­for­mer en un cos­tume de réflexion non-bou­le­versé.

La per­sonne sen­sa­tion est la per­sonne atteinte à sa sur­face. La sur­face de la per­sonne est sa faci­lité com­mune : la per­sonne est en sa sur­face facile à regar­der, facile à obser­ver, facile à cibler. La per­sonne desar­royée a cette faci­lité d’abord qui la rend sus­pecte de per­cep­tions, d’indistinction sen­ti­men­tale. Il ne s’est pas fait connaître jusqu’à pré­sent d’autres façons de faire pro­duire des per­cep­tions à la per­sonne, de la pous­ser à la dis­tinc­tion sen­ti­men­tale, de l’inciter à com­mettre de plai­sir ou de peine12, que de la lais­ser s’aventurer tâter sen­tir12, que de la lais­ser lais­ser tour­ner son affaire de per­sonne sor­tie des draps cap le géné­ral ; il ne s’est pas fait connaître d’autres façons que de la lais­ser vivre.

Toute sa vie, la per­sonne atteinte à sa sur­face est une per­sonne vivante, et par là même : sus­pecte de dys­fonc­tion, de per­tur­ba­tion, de mala­die1. Toute sa vie, la per­sonne atteinte à sa sur­face se déclare publi­que­ment comme « ter­rain d’affections ». Passée à décou­vert7, elle met à mal sa sur­face en par­ti­cu­lier.

Á. B. Ávalos Soto, « Pers. mod. P. Abélard », Philonsorb., 10 | 2016, 9 – 28La per­sonne est un mot, la per­sonne est un rôle, la per­sonne n’existe pas, la per­sonne est dif­fé­rem­ment, la per­sonne a quelque chose de propre et la per­sonne signi­fie. Elle affecte, elle émeut, elle engendre et elle dis­pose l’esprit de l’interlocuteur. Elle est l’une de voies de com­pré­hen­sion des plus grandes affaires de la pen­sée. Depuis une cer­taine sur­face – la puis­sance signi­fi­ca­tive de cette sur­face –, elle nous approche de la Vérité.

C4.1Malheureusement

Malheureusement, les typo­lo­gies d’éclairés échouent autant que les témoi­gnages d’illuminés à dire la spé­ci­fi­cité des maux. Les typo­lo­gies d’éclairés comme les témoi­gnages d’illuminés sont des Diagnostiques, des targes gra­vées d’odes, des récits de vic­toire qu’aucun témoin sobre ne cor­ro­bore.

Les mala­dies sont de nou­velles allures de la vie.G. Canguilhem, Norm. path., 1966

C4.2Niveau du désastre

Clause de rup­ture post-contrac­tuelle : La per­sonne en géné­ral n’est alté­rée d’aucune sen­sa­tion. La per­sonne consomme en par­ti­cu­lier des inten­si­tés, qu’elle peut effec­ti­ve­ment appe­ler, en tant que per­sonne par­ti­cu­lière, des sen­sa­tions. Ainsi, tout (mal­heurs, désastres, sen­sa­tions) se trouve pris dans ce régime géné­ral de consommation/distribution d’intensités qui n’altère la per­sonne qu’en par­ti­cu­lier.

À la per­sonne en géné­ral, il faut des mis-pour1, des prête-noms et des porte-corps pour se rele­ver des ver­dicts défai­sants la concer­nant et tolé­rer le tour­nis auquel son affaire est sou­mise. Sans ces auxi­liaires, la per­sonne, elle, perd, à un niveau de géné­ra­lité à la fois funeste et volup­tueux qu’on peut dire niveau diag­nos­tique – dans le cas de la sen­sa­tion désas­treux.

C4.3🐁︎2.1Un cas particulier général

La per­sonne, dans la mesure où elle admet que sa sur­face soit entre­te­nue en continu par son cura­teur2, la recon­naît (quand elle s’y mire) comme ter­rain d’affections contrô­lées dans l’équilibre géné­ral d’une immu­nité12.5.

La per­sonne en géné­ral ne connaît pas le poi­son, ni la défaite par atten­tat. Seule la per­sonne en par­ti­cu­lier peut ren­con­trer le poi­son, voir sa sur­face atteinte jusqu’à en être défaite ; cela ne remet pas en cause l’immunité de la per­sonne en géné­ral, qui pourra conti­nuer d’être dite et pré­di­quée bien que défaite sa per­sonne en par­ti­cu­lier.

Le cas de la per­sonne atteinte à sa sur­face est, pour ainsi dire, un cas par­ti­cu­lier géné­ral. La sur­face de la per­sonne peut être dite tou­jours atteinte, tou­jours bou­le­ver­sée. Mais, géné­ra­le­ment, le plus géné­ra­le­ment pos­sible, l’atteinte à sa sur­face de sa per­sonne n’est qu’une expé­rience parmi d’autres de la par­ti­cu­la­rité qui ne per­turbe que peu la per­sonne en géné­ral sor­tie des draps, par­tie s’aventurer tâter12.

Rétablir l’immunité géné­rale de la per­sonne passe par l’accordage des par­ti­cu­liers pour la rota­tion géné­rale – un entre­tien, une toi­lette, un soin.

Rétablir la bonne tenue de la sur­face de la per­sonne est la mis­sion de son cura­teur – un entre­tien, une toi­lette, un soin17.

C4.4🐁︎2.2La personne sensation-dérégulée-et-piratée

La per­sonne sen­sa­tion-déré­gu­lée-et-pira­tée entre­prend confu­sé­ment ses sen­sa­tions, se dis­tri­bue aveugle­ment des inten­si­tés, s’apparie fié­vreu­se­ment. (On dit alors, dans un effort au diag­nos­tic, qu’il y a ava­rie­ment de la phar­ma­cie, par­fois essai du phar­ma­kon ava­rié, en géné­ral mau­vais dosage des inten­si­tés et trouble poten­tiel­le­ment mor­ti­fère dans la dis­tri­bu­tion15.)

d’ap. J. Benda, Fr. byz., 1945Si l’on admet, avec le plu­part des psy­cho­logues, que l’essence de la pen­sée est de sen­tir les divers états de notre esprit comme les modi­fi­ca­tions d’une seule et même chose, qui est pré­ci­sé­ment notre per­sonne, on peut dire que la volonté de la lit­té­ra­ture qui nous occupe ici est de rompre, non seule­ment avec la nature de l’intelligence, mais de la pen­sée ; rup­ture qui se fait au pro­fit de la sen­sa­tion, laquelle, s’exerçant dès lors autant que pos­sible dans la plé­ni­tude de sa par­ti­cu­la­rité et ne s’éperdant point dans la syn­thèse carac­té­ris­tique de la pen­sée, trouve une satis­fac­tion qu’elle ne sau­rait connaître avec les écri­vains intel­lec­tuels.

C4.5🐁︎2.3La personne en proie à et en charge de sa personne

La per­sonne sen­sa­tion est chue du patien­tat. Sortie des draps, la per­sonne, jusque-là prise en charge, entre dans l’ère du care indi­vi­duant carac­té­ri­sée par l’auto-diagnostic et une poli­tique ges­tionnaire de l’hypocondrie. Dans le monde tota­le­ment admi­nistré, dans le monde de la Verwaltung éten­due aux rai­sons per­son­nelles, le cas de la per­sonne est celui de la per­sonne à la fois en charge de et en proie à sa per­sonne.

Quelques mani­fes­ta­tions du cas de la per­sonne à la fois en proie à et en charge de sa per­sonne : la per­sonne des fois cénes­to­pathe, la per­sonne des fois synes­thète, la per­sonne des fois hyper­es­thète, la per­sonne des fois hypo­pathe, la per­sonne modé­rée.

C4.6🎠︎7La personne observée par la personne

Le cas de la per­sonne obser­vée par la per­sonne est un cas mani­feste. La per­sonne en par­ti­cu­lier fait sa crise, fait la belle, fait le taf, fait ce qu’il y a à faire, sous l’observation sup­po­sée de sa per­sonne en géné­ral3.1. La per­sonne main­te­nue en obser­va­tion se trouve idéa­le­ment entre­prise par un diag­nos­tic, attes­tée et sanc­tion­née par un mal qui lui assure sa perte. L’entre­prise de soin qui fait suite (diag­nos­tic véri­fié, mani­fes­ta­tions régu­lées, inten­si­tés redi­ri­gées, soin géné­ra­le­ment pris de la dis­tri­bu­tion) n’est tou­te­fois que l’actualisation tar­dive d’un désir (franc et oignant) de la per­sonne en par­ti­cu­lier : celui d’être obser­vée, soi­gnée, prise en charge en géné­ral comme une grande (affaire, per­sonne, pré­ca­rité). La per­sonne en géné­ral, n’étant pas en mesure de s’attribuer une défaillance – elle ne se l’accorde éven­tuel­le­ment que comme grâce d’une défausse par­ti­cu­lière16 –, délègue ici toute l’entre­prise à un cas par­ti­cu­lier qui, entre­tenu dans sa pres­ta­tion et main­tenu dans sa fonc­tionnalité comme per­sonne malade1, devient le fétiche auto­nome – sa tête réduite posée sur l’étagère – d’un désir en géné­ral dénié de soin et d’observation, d’admi­nistration – médi­cale en par­ti­cu­lier .

C4.7🐁︎2.4Prosélyte et soucieuse

En per­sonne, la poli­tique ges­tion­naire de l’hypocondrie4.52.3 est à la fois : pro­sé­lyte et sou­cieuse, dili­gente, prompte à faire com­pa­raître. Prosélyte et sou­cieuse d’associer à ses diag­nos­tics ; met­tant son stock de soin tout entier1.25.2 au ser­vice d’un pei­gnage du monde confir­ma­toire des diag­nos­tics ; plai­dant alors sa cause devant le sort, le sort devant ses causes, prise en tenaille par les faits têtus de n’être pas morte et d’être de moins en moins en mesure d’y sur­vivre, la per­sonne com­pa­raît, trans­fi­gu­rée mais affli­gée chaque jour par le jour-de-plus, puisque c’est d’un tel jour qu’il est fait mou­rir uni­ver­sel­le­ment.

C4.8🐁︎7La personne en outre

La per­sonne est en outre et elle est rési­liente, c’est-à-dire que, dans les situa­tions qui l’éprouvent et l’éperdent, d’aucuns consi­dèrent qu’elle mérite sinon un éloge de sa per­sonne, au moins l’assurance d’un vou­loir-du-bien sous la forme sen­ti­men­ta­le­ment dis­tin­guée : « et en outre, quelle rési­lience ! » La rési­lience est en outre à la per­sonne en tant qu’il ne lui appar­tient qu’accidentellement, lorsqu’elle est éprou­vée, de ne pas se lais­ser abattre. La dis­tinc­tion sen­ti­men­tale pro­duit son éprou­vée dans l’assurance que les épreuves par­ti­cu­lières font les héros en géné­ral.

C5📎︎6Cas général La personne ASMR

Le cas géné­ral de la per­sonne ASMR se dis­cute à bas mots, dans un mur­mure mon­dain fait de mur­mures cap­tés. La poudre des rai­sons per­son­nelles explose sans fra­cas dans la confes­sion, sous la pres­sion des antê­rieurs ; elle dis­perse les intê­rieurs dans le deal mur­muré.

La per­sonne ASMR cap­ture sa pres­ta­tion au plus près pour don­ner à ses s’en accu­ser le fond dra­ma­tur­gique d’une messe basse, d’où la culpa­bi­lité sur­gira faire son scan­dale d’aveu. Une légende raconte1.7 que c’est tou­jours depuis son carré d’aveu3.42.11 que la per­sonne ASMR (com)paraît et expose son affaire.

La per­sonne ASMR, experte à s’exposer, est conjoin­te­ment experte à dea­ler ses aveux1.2 ; elle en dis­tri­bue les doses selon une geste pré­ca­li­brée. L’érotique de cette geste de la per­sonne ASMR est repro­duite et raf­fi­née à chaque nou­velle affaire. La per­sonne ASMR deale de l’aveu dans une longue geste à l’érotique suin­tée dans l’idée de com­plaire aux sup­po­sés la voir, de mieux les cap­ti­ver.

Dans nos socié­tés contem­po­raines8, les mur­mures et les gestes de la per­sonne ASMR etc.

Une légende veut que la per­sonne ASMR tra­vaille le soir61.46.1. La per­sonne ASMR est, quoi qu’il en soit, soir ou matin, une très bonne tra­vailleuse.