A1Le Trésor de Veille

Le TrĂ©sor de Veille est le tré­sor consti­tuĂ© par l’ensemble des impres­sions col­lec­tĂ©es par la per­sonne qui confirment son sen­ti­ment de culpa­bi­litĂ©, soit l’ensemble des vues coli­ma­tĂ©es d’elle par les sup­po­sĂ©s la voir (police, jus­tice). La per­sonne veille Ă  l’établissement par tous de sa propre culpa­bi­litĂ©, dans un monde oĂą la sus­pi­cion est mĂ©tem­psy­chique : elle existe en stock limitĂ© et peut migrer, ĂŞtre attri­buĂ©e Ă  telle ou telle. Le TrĂ©sor de Veille est liĂ© au carrĂ© d’aveu13.4, lieu de l’assuspicion en tant qu’il est l’espace que la per­sonne sub­sti­tue au fra­ming, un cadre, amé­nagĂ© et gĂ©rĂ© par elle, d’apparition et de com­pa­ru­tion de sa per­sonne.

A🍪︎🎠︎🗝︎2Ⰴ︎Le Trésor des Fouilles

Le TrĂ©sor des Fouilles est le tré­sor consti­tuĂ© par les gages de culpa­bi­litĂ© don­nĂ©s puis reçus (sous forme de “c’est bon pour cette fois”) par la per­sonne lors de ses arres­ta­tions, dĂ©ten­tions, dĂ©po­si­tions. LiĂ© comme le TrĂ©sor de Veille aux pro­cé­dures d’assus­pi­cion, le TrĂ©sor des Fouilles a lui moins Ă  voir avec l’agrĂ©gat des atten­tions reçues par la per­sonne confir­ma­toires de son sen­ti­ment de culpa­bi­litĂ© qu’avec une soma­tique iden­ti­fi­ca­toire, une dis­po­si­tion volon­taire du corps Ă  l’adresse de l’institution poli­çante-jugeante : la per­sonne fait de son corps une carte d’identitĂ© qui la dĂ©signe sus­pecte (de la mĂŞme manière que les règles de confor­mitĂ© des pho­tos d’identitĂ© nous pré­dis­posent Ă  la com­pa­ru­tion der­rière une glace sans tain). Pour aider Ă  dis­tin­guer TrĂ©sor de Veille et TrĂ©sor de Fouilles, on pour­rait dire que le pre­mier est une sĂ©rie d’impressions reçues de la culpa­bi­litĂ© et le second une sĂ©rie de cap­ta­tiones bene­vo­len­tiae adres­sĂ©es aux ins­tances rĂ©pres­sives, sur le mode de la confes­sion appe­lant par­don ou de la stra­té­gie du plai­der cou­pable.

A3Le Trésor Ecclésial

Le TrĂ©sor EcclĂ©sial est le tré­sor consti­tuĂ© par le ges­tuaire (voca­bu­laire ges­tuel) de la per­sonne en tant que pâtre de son inté­rio­ritĂ©, guide de ses ors, agent immo­bi­lier de sa nef, etc. Ce tré­sor est liĂ© Ă  la seule gloire et dĂ©ri­soire dignitĂ© de la per­sonne : le per­son­nat est dĂ©fini comme « une dignitĂ© (ou pré­sĂ©ance) sans juri­dic­tion » 21, c’est-Ă -dire sans lieu ou ins­ti­tu­tion Ă  admi­nistrer. D’oĂą qu’être une per­sonne signi­fie ĂŞtre maĂ®tre ou admi­nistrateur de rien d’autre que de soi, res­pon­sable de son petit sort etc. L’ambitus de ce sort est d’ailleurs res­treint : mini­ma­jes­tique ou petit-kĂ©no­tique (la per­sonne ne va jamais haut, elle ne chute jamais bas).

A🍪︎🎠︎🗝︎4Ⰴ︎Le Trésor d’Apprêts

Le TrĂ©sor d’ApprĂŞts est le nom du cabi­net oĂą pendent ran­gĂ©es toutes les Ă©toffes inti­mi­dantes asso­ciĂ©es Ă  une fonc­tion, un titre, une juri­dic­tion, un rĂ´le social de la per­sonne (Ă©toffe patriar­cale, Ă©toffe magis­trale, Ă©toffe secré­ta­riale, Ă©toffe filiale, Ă©toffe entre­pre­neu­riale, Ă©toffe artiste etc). Aucune des appa­ri­tions de la per­sonne n’est en prin­cipe franche de ces Ă©toffes. Ă€ chaque fois qu’elle paraĂ®t, la per­sonne est gon­flĂ©e d’étoffe, bouf­fie d’uniformes sociaux, merin­guĂ©e de cos­tumes qui la dis­tinguent et qui la classent. Ces Ă©toffes cor­res­pondent Ă  des situa­tions uni­voques, dont l’évidence tient du signal. Les “pres­ta­tions” ne sont pas de l’ordre de l’apprĂŞt, du rĂ´le tenu depuis une inten­tion de paraĂ®tre. Les pres­ta­tions sont conjonc­tu­relles ; les apprĂŞts sont des “étof­fe­ments de fonc­tion” aux­quels on n’échappe pas.

A🗝︎5Le Trésor d’Embonpoint

Le TrĂ©sor d’Embonpoint est le tré­sor consti­tuĂ© par le stock des forces qu’il reste Ă  la per­sonne en condi­tion post­pran­diale10.2. La post­pran­dia­litĂ© n’est pas qu’un Ă©tat, c’est une condi­tion : quand on est post­pran­dial, on l’est tou­jours « en gĂ©né­ral », tota­le­ment affectĂ©, rĂ©duit Ă  une inap­ti­tude d’ensemble, « synapte ». Comme on dit de quelqu’un qu’il est gra­ve­ment blessĂ©, le corps de la per­sonne de condi­tion post­pran­diale est un corps gra­ve­ment dĂ©soeu­vrĂ©, lourd d’un crime contre soi (man­ger), lestĂ© comme un cadavre rejetĂ© dans le flot de la vie. L’irrĂ©ductible contin­gent des forces rĂ©ser­vistes de la per­sonne, Ă  la fois inapte et fré­né­tique, peu nom­breux mais fana­tisĂ©, est can­tonnĂ© dans le TrĂ©sor d’Embonpoint. Le TrĂ©sor d’Embonpoint est donc un tré­sor par­ti­cu­liè­re­ment cachĂ©, mais comme un vĂ©ri­table contenu d’embonpoint, cachĂ© dans du visible, Ă  l’abri dans regards dans une bau­druche insen­sĂ©e.

A🗝︎6Le Trésor d’Hypothèque

Dans « Trésor d’Hypothèque », hypo­thèque ren­voie au petit nom savant donné au “grand singe élevé” qu’est la per­sonne4. Le Trésor d’Hypothèque est le nom du pot des com­mo­di­tés dédoua­nantes par l’alimentation régu­lière duquel la per­sonne entend rache­ter ses singeries. Pratiquement, ce tré­sor est un amas en vue de la levée défi­ni­tive des hypo­thèques.

A🗝︎7Le Trésor des Colonies

Le TrĂ©sor des Colonies est le tré­sor consti­tuĂ© par les tokens (sou­ve­nirs, bibe­lots, ten­tures, couvre-chefs, objets cultuels dĂ©voyĂ©s etc.) de la visite, du voyage, de la croi­sière, du sĂ©jour en bun­ga­low et autres. Peu importe le cadre de l’expĂ©rience, le mode du trans­port, la lon­gueur du tra­jet ou l’éloignement de la des­ti­na­tion, le rĂ©gime unique du voyage de la per­sonne est celui du faire : faire le Ghana, faire le tour du Viso, faire le mar­chĂ© aux Ă©pices, faire sa vie811Faire est en ce cas garant d’un sen­ti­ment de dĂ©cou­verte ou d’ouverture franc de toute aven­ture. L’exotisme apla­nis­sant du faire, l’extase tou­ris­tique de la per­sonne, cor­res­pond Ă  une tran­chĂ©e affec­tuelle pré­cise, celle du « conquĂ©rant&conquis », au sens de qui a le choix de sa mobi­litĂ© et en revient tou­jours ravi.

A🗝︎8Le Coffre dont le Code est le Prénom de Papa

Le Coffre dont le Code est le PrĂ©nom de Papa est l’embarras nĂ©ces­saire de la per­sonne, son tré­sor gĂ©né­ral intime. Il n’a pas de nom autre que celui que lui donne son code d’accès – et en gĂ©né­ral, ce code est le pré­nom de papa727.1. Les impĂ´ts d’enfance y sont sto­ckĂ©s, figĂ©s, sans inté­rĂŞt, comme des mora­li­tĂ©s lĂ©gen­daires, des pro­jets paren­taux confits, des acti­vi­tĂ©s pĂ©ri­pa­ras­co­laires stag­nantes : judo­sol­fège, ten­nis dansĂ©, club d’échecs-cheval d’arçons.