La personne ne remonte pas sa personne

Concernant la per­sonne, la méthode abréac­tive est inopé­rante : la per­sonne ne revient pas sur les traces de sa per­sonne ; elle ne retrouve pas plus sa per­sonne en la rebrous­sant ; elle ne fait pas davan­tage de sa per­sonne une ana­mnèse. Pourquoi ? Parce que tout a déjà été vécu de la per­sonne dans la ren­contre de sa per­sonne – vécu et consommé dans le qui-vive de sa ren­contre – et donc toute rela­tion de la per­sonne avec sa per­sonne est un revécu, un reviens-y com­pul­sion­nel frus­trant atta­qué du dehors par un reviens-en rai­son­nant. Il n’y a pas d’en avant / en arrière sur la per­sonne comme sur une voie. Le célèbre en avant la mémoire ! en arrière le temps ! ne concerne pas la per­sonne.

I. Baszanger, Doul. méd., fin oubl., 1995, p. 349Il y a donc en ce sens cen­tra­tion sur la per­sonne et ses réac­tions, mais il ne s’agit pas de remon­ter en amont de la dou­leur à la vérité pro­fonde d’un être. Il s’agit – cen­tré sur ses réac­tions émo­tion­nelles et mus­cu­laires – d’apprendre à les contrô­ler, voire à les faire ces­ser, seul moyen pour, à long terme, éteindre un com­por­te­ment de dou­leur. D’une cer­taine façon, la per­sonne n’a guère à voir avec ses réac­tions, qui dépendent, comme le méde­cin a pris la peine lon­gue­ment de l’établir, de son « tem­pé­ra­ment », dis­po­si­tion héri­tée plus que volon­taire. Ses réac­tions sont pro­vo­quées par des situa­tions ordi­naires contrai­gnantes pour tous les indi­vi­dus, elles n’ont pas de rai­son d’être dans la vie inté­rieure (au moins il n’y a pas lieu de les cher­cher). La per­sonne doit donc apprendre à contrô­ler les consé­quences de cette dis­po­si­tion – ses réac­tions exces­sives –, non pas en essayant de com­prendre un sens éven­tuel de ses réac­tions ou si elles sont liées au sens donné à cer­tains évé­ne­ments, mais en les voyant comme quelque chose de méca­nique qui se met en route auto­ma­ti­que­ment en réponse à des évé­ne­ments qui ne sont inté­res­sants qu’en de leur capa­cité à déclen­cher ce méca­nisme, et qui doivent donc être repé­rés à ce titre. Le contrôle s’acquiert par la sub­sti­tu­tion d’un méca­nisme à un autre. Cette concep­tion d’une dis­po­si­tion héri­tée a l’intérêt d’éviter de faire por­ter à la per­sonne la res­pon­sa­bi­lité de l’origine de cette hyper-réac­ti­vité et donc, en aval, de sa dou­leur. Elle favo­rise en cela l’adhésion au pro­gramme de ges­tion « faire face ». Progressivement, on voit se consti­tuer l’horizon d’une per­sonne étale, presque sans émo­tion, culti­vant – cen­trée sur ses réac­tions de sur­face, émo­tion­nelles et mus­cu­laires, plus que sur elle-même – une dis­tance ou une absence à soi (par oppo­si­tion à ce que Foucault a dési­gné comme « culture de soi »). Cette dis­tance à soi lui per­met­tra de contrô­ler cet excès qui, en même temps qu’il entre­tient la dou­leur, désor­ga­nise les per­for­mances, ren­dant cette per­sonne moins effi­cace.

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