La personne passe/pousse le temps

Le temps de la per­sonne n’est pas éva­lué par la courbe des dis­po­si­tions volon­taires face à lui7 (du côté du gain, les assi­dui­tés du genre s’adonner à ; du côté de la perte, les négli­gences du genre s’abandonner à). L’activité de la per­sonne qui trouble le plus sen­si­ble­ment le vis-à-vis entre s’adonner et s’abandonner est s’éperdre15 : s’éperdant, la per­sonne ne mise pas sur un usage du temps qui puisse se mesu­rer en terme d’énergie pro­duc­tive mise à avan­cer ou à faire avan­cer mais en terme d’énergie libi­di­nale mise à relan­cer le jeu tem­po­rel. Aussi, ce qu’on signi­fie néces­sai­re­ment quand on dit que la per­sonne perd le temps, c’est que la per­sonne a, dans la par­tie du temps géné­ral, laissé filé une manche du temps. On dira mieux alors que la per­sonne passe le temps, comme dans les cham­pion­nats de culture géné­rale cer­tains can­di­dats disent je passe. Ce qui s’oppose au temps passé, ça n’est donc pas le temps perdu ou gagné, mais le temps poussé, comme quand, dans le casino du géné­ral, un joueur dit je pousse. C’est en ce sens qu’on peut dire telle chose que la per­sonne se fait chier7.3 : qu’elles s’a(ban)donne à des acti­vi­tés passe-temps ou pousse-temps, la per­sonne sait bien que, fon­da­men­ta­le­ment, être la per­sonne, il y aurait mieux à faire.

Le temps de la Verwaltung est le temps de la pous­sée.
(Prééminence 38, Pers. et Temps, 1945)

J’irai pro­ba­ble­ment à Zanzibar, quand il y a à faire.d’ap. A. Rimbaud, Lett. à fam., 1880