Avarier en appariant

Ce n’est pas tant l’énoncé lui-même, la for­mule, qui semble par­ta­geable, que le mode sin­gu­lier de sa glose, mode qui a trouvé sa for­mule lors d’une conver­sa­tion avant toute écri­ture : ava­rier en appa­riant. Avarier l’énoncé-source, c’est enga­ger un rap­port cor­ro­sif à sa pureté ou neu­tra­lité sup­po­sées. L’appa­rier à d’autres énon­cés est un moyen pri­vi­lé­gié de ce rap­port qui consiste autant à l’appareiller de clauses (jusqu’à noyer son indi­ca­tif sec sous un déluge de condi­tions : res­tric­tives, aug­men­ta­tives, de dés- ou réaf­fi­lia­tion etc.) qu’à le regar­der vivre dans des rela­tions appe­lées par la poly­sé­mie de ses termes. Car la neu­tra­lité de l’énoncé n’est qu’apparente : « la per­sonne » est un champ saturé de dis­cours juri­diques (c’est le terme pivo­tal du droit romain, de l’anthropologie et de la chris­to­lo­gie médié­vales), poli­tiques (les post­co­lo­nial stu­dies s’y inté­ressent spé­cia­le­ment), idéo­lo­giques (per­son­na­lisme, droits-de-l’hommisme, anti­spé­cisme) ; la “perte” ou la “défaite” s’inscrivent dans le voca­bu­laire de l’ethos entre­pre­neu­rial qui a conquis jusqu’à la Maison Blanche (« i’m a win­ner / ter­ro­rists are losers ») ; « en géné­ral » est confon­dant et spé­ci­fiant à la fois : il s’oppose, tech­ni­que­ment, à « en par­ti­cu­lier », en même temps qu’il prend place, idio­ma­ti­que­ment, dans le ventre mou des fré­quences, quelque part entre « tou­jours » et « par­fois », convo­quant une loi de nor­ma­lité abs­traite.

Faire une remarque