Autonomie des coutures

P. Klossowski, Niet. cerc. vic., 1969L’activité céré­brale grâce à laquelle le corps humain adopte la sta­tion debout finit par réduire sa pré­sence à un auto­ma­tisme : le corps en tant que corps n’est plus syno­nyme de lui-même : ins­tru­ment de la conscience, il devient pro­pre­ment l’homonyme de la « per­sonne ». Dès que l’activité céré­brale dimi­nue, le corps seul est pré­sent, mais il n ’appar­tient réel­le­ment plus à per­sonne, et quoiqu’il ait gardé tous les réflexes qui puissent recom­po­ser une et même per­sonne, la « per­sonne » en est absente. Plus les mani­fes­ta­tions pure­ment cor­po­relles s’affirment, plus le retour de la « per­sonne » semble retardé : celle-ci dort, rêve, rit, tremble, mais ce n’est que le corps qui le mani­feste : la per­sonne peut se repré­sen­ter qu’elle rit, tremble, souffre, jouit, par une évo­ca­tion de motifs qui ne sont qu’une inter­pré­ta­tion de sen­sa­tions cor­po­relles. La « per­sonne » qui reven­dique pour elle ces symp­tômes dans la com­mu­ni­ca­tion à soi-même ou à autrui, ne le peut qu’avant ou après qu’ils se pro­duisent. Elle peut nier qu’elle en ait été consciem­ment le sujet et elle ne consent à les tenir pour siens que selon qu’ils lui paraissent conve­nir avec ce qu’elle estime son état nor­mal : soit tout ce qui est com­pa­tible avec la sta­tion debout du corps ou avec toute autre posi­tion qui dépen­drait de ses « déci­sions » ou de ses repré­sen­ta­tions. La per­sonne peut déci­der de rire, ou de s’abandonner au réflexe du rire, comme au réflexe de la dou­leur ou de la fatigue. Mais à chaque fois, sem­blables déci­sions ne font que résul­ter d’un état excité ou exci­table : donc suc­cèdent à l’excitation au lieu de la pré­cé­der ; dans l’intensité de la dou­leur ou du plai­sir, dans la volupté notam­ment, la « per­sonne » dis­pa­raît un ins­tant et ce qui reste de conscience se limite alors si étroi­te­ment au symp­tôme cor­po­rel que la struc­ture même s’inverse : la notion d’inconscience n’est ici qu’une image de l’oubli ; l’oubli de ce qui tient son ori­gine de la sta­tion debout.

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